Explusions de migrants : Londres déçu mais déterminé

Membre du parti conservateur, Priti Patel est secrétaire d'État à l'Intérieur depuis juillet 2019

Malgré l’annulation des premières explusions de migrants illégaux, Londres s’accroche à son accord avec Kigali.

Dernier rebondissement dans le cadre de l’accord migratoire entre Londres et Kigali: les premiers migrants illégaux qui auraient dû être expulsés mardi soir (14.06.2022) vers le Rwanda sont finalement restés au Royaume-Uni. Jusqu’à la dernière minute, leur sort était suspendu à une décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Mais finalement, cette juridiction a bloqué leur départ.

De son côté, le Rwanda a assuré rester “pleinement engagé” dans son “partenariat” avec Londres. La porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a assuré que le pays se tenait prêt à accueillir les migrants et à leur “offrir sécurité et opportunités”.

Alors que va-t-il se passer maintenant ? Explications avec Vincent Latour, professeur à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès, spécialiste des questions migratoires et de diversité au Royaume-Uni.

Vincent Latour : Le gouvernement britannique a quand même annoncé son intention de faire appel de cette décision et certains conservateurs ont parlé de se retirer de la Convention européenne des droits de l’homme. Mais cela a été en fait nié par des gens proches du gouvernement ce matin (15.06.2022).

DW : Donc, c’est quand même difficile d’y voir clair maintenant.

Vincent Latour : Oui, c’est difficile d’y voir clair et il y a quand même des éléments assez remarquables. Le gouvernement est assez divisé sur la question, mais enfin, cela va dans le sens d’un durcissement tout de même très fort de l’approche vis-à-vis de l’immigration. Priti Patel, bien que issue de l’immigration elle même, d’origine indienne, tient un discours quand même très très dur, peut être encore plus dur que celui de ses prédécesseurs.

DW : Est ce que cet accord a quand même un avenir?

Vincent Latour : Alors tout dépend. Je pense que Johnson est dans une position lui-même très délicate. Il y a la question du gouvernement actuel, certes, mais ça s’inscrit quand même dans un durcissement sans précédent des conditions de rétention des immigrés en situation irrégulière ou des demandeurs d’asile, alors même que le Royaume-Uni reçoit beaucoup moins de demandes actuellement que l’Allemagne ou la France. Ça commencé à prendre forme avant, avant même le Brexit. Et le Brexit, en fait, a accentué cette tendance là. Cela s’inscrit dans un mouvement de repli identitaire véritablement du Royaume-Uni, depuis un certain nombre d’années.

C’est au nom des économies pour le Royaume-Uni en termes de dépenses sociales, de logement, etc., que ces mesures sont défendues. En termes également de lutte contre le trafic d’êtres humains. C’est l’angle humanitaire et acceptable que le gouvernement essaie de mettre en avant. Mais on est quand même prêt à dépenser une fortune, pratiquement 600 000 €, pour renvoyer sept personnes vers le Rwanda et le fait de suggérer que ces personnes puissent demander le droit d’asile au Rwanda, donc à peu près à 4.500 ou 5.000 kilomètres du Royaume-Uni, tout cela ne tient pas la route.

Konstanze Fischer
Source:dw.com