Cameroun : échec des négociations sur l’augmentation du Smig

Les salaires dans le domaine agricole sont souvent très bas, au Smig

Le salaire minimum reste en dessous de 40.000 francs CFA. La réunion de jeudi entre syndicats, patronat et gouvernement n’a rien donné.

Elles étaient un espoir pour de nombreux salariés. Mais les négociations sur le revalorisation du Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) au Cameroun n’ont finalement rien donné. Gouvernement, patronat et syndicats se sont quittés sans accord, jeudi 16 juin au soir, après une réunion au ministère du travail et de la sécurité sociale à Yaoundé.

Cela fait plusieurs années que le SMIG est resté à 36.270 francs CFA au Cameroun. Un salaire que beaucoup de salariés considèrent comme trop bas. “Toutes les choses augmentent sur le marché”, raconte Mamoudou, qui travaille à l’Abattoir Municipal d’Etoudi à Yaoundé. “Le prix de l’huile est passé de 1.200 à presque 2.000 francs CFA. C’est impossible. On ne sait pas où on va”, se désole-t-il au micro de la DW. Dans le pays voisin, la salaire minimum est à 35.000 francs CFA en République centrafricaine, à 128.000 francs CFA en Guinée équatoriale, 80.000 francs au Gabon, et 60.000 francs au Tchad.

Des situations alarmantes
Pour certains salariés, le Smig ne permet même plus de subvenir aux besoins de toute la famille. Emile, chauffeur en service au ministère du Tourisme a dû se séparer de sa femme et des enfants. Sa belle-sœur est venue chercher sa femme et leurs enfants parce qu’Emile et sa petite famille n’arrivaient plus à se nourrir.Martial, lui, se débrouille dans un petit métier au marché de Nkol-Eton au centre-ville de Yaoundé. Il vit avec moins d’un dollar par jour, et déplore sa propre situation. “La maison coûte 10.000 francs CFA. 500 tous les jours”, détaille-t-il. “Le SMIG ça ne donne rien. Ça veut dire que tu vas travailler plus de 30 ans sans jamais économiser même 100.000 francs.”

Des situations pas étonnantes pour Flaubert Honoré Moussole, le président confédéral de la Cameroon Confederation of Workers Trade Union (CCWTU). “Le SMIG a été très bas au Cameroun parce que comme c’est une négociation consensuelle, le secteur agricole a fait prévaloir qu’il ne pouvait pas suivre”, raconte-t-il. “Or, c’est pour nous une duperie. Parce que le secteur agricole ayant volontairement baissé le SMIG, a largement augmenté les dividendes de la manière la plus forte, je pense, depuis l’existence du mouvement agricole.”

Hausse à venir ?
Malgré l’échec des négociations, certains veulent rester optimistes. “Le contexte est propice pour que nous puissions revaloriser le SMIG de manière substantielle”, assure Abraham Baboule, président de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Cameroun (CSTC). Et d’insister : “Nous ne pouvons pas être les derniers alors qu’économiquement nous sommes les premiers dans une sous-région comme l’Afrique centrale”.

Les centrales syndicales ont formulé des propositions pour un nouveau SMIG qui devrait être de 82.000 francs pour certaines, 100.000 francs pour d’autres, et 104.737 francs CFA pour la plateforme des huit centrales syndicales qui constituent la CAWOF. Du côté du patronat, les offres pour le nouveau SMIG sont aussi multiples : elles vont de 40.000 à 100.000 francs CFA. Selon des syndicalistes, une augmentation du SMIG serait un signal fort pour une revalorisation générale des salaires qui sont restés trop bas au Cameroun depuis la double baisse d’il y a bientôt trente ans.
Henri Fotso
Source: dw.com