Enseignement Supérieur: A la recherche d’une thérapie de choc

Aussi, cette rencontre initiée par le MESRS avait réuni le ministre de tutelle, Mme Siby Ginette Bellegarde ; le président de la Commission pour une école apaisée et performante et non moins secrétaire aux relations extérieures de la Fédération nationale des parents d’élèves du Mali (FENAPEM) Sékou Soumano ; les directeurs de l’ENI et de l’ENSup ; le recteur de l’Université de Bamako ; le représentant du DG du CNOU ; les représentants des départements de l’Administration territoriale et des collectivités locales, de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, du Syndicat national de l’Enseignement supérieur, de l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) de l’AEEM, de l’ANSUNEM et des confessions religieuses…

Selon le ministre Siby Ginette Bellegarde, il faut donner plus d’amples informations sur la situation pédagogique et celle qui prévaut actuellement au Campus universitaire (bien qu’un film ait été projeté à ce sujet à l’intention de l’opinion publique) De nos jours, 5 000 étudiants se trouvent dans une situation d’hébergement déplorable. Pire, plus de 3 000 étudiants sont logés dans les anciens dortoirs du Lycée de Badalabougou. Toutes choses qui influent négativement sur leurs résultats scolaires et leurs aptitudes éducatives.  Par ailleurs, de par la croissance des formations et l’apparition graduelle de chercheurs regroupant ceux du Nord et du Sud, le système LMD (Licence-Master-Doctorat)  répond aux défis de la formation pour l’emploi afin d’assurer une transition harmonieuse entre la vie académique et la vie active.

De 71 000 en 2009-2010, le nombre des étudiants a aujourd’hui grimpé jusqu’à  83 000, dont 20 000 bacheliers 2010. L’année prochaine, ils seront 130 000 et 80 000 au baccalauréat : d’où de sérieux problèmes d’efficacité à l’avenir. Quant aux enseignants, ils sont au nombre de 1 000 ; mais le taux d’encadrement est aujourd’hui d’un enseignant pour 100 étudiants, alors que la norme prescrite par l’UNESCO est d’un enseignant pour 20 étudiants. Cependant, le budget de l’Enseignement supérieur est passé de 39 milliards à 56,5 milliards de FCFA pour 2014. Celui du Centre national des œuvres universitaires (CNOU) tourne autour de 25 milliards de FCFA ; et celui de l’Université de Bamako, 12,3 milliards de FCFA.

Dans cette Université, le taux moyen d’exécution des cours est aujourd’hui de 28%. A toutes ces situations, il faut ajouter les difficultés engendrées par des grèves interminables ; des chevauchements d’années universitaires qu’on est obligé de tronquer ; des diplômes obtenus sans compétences réelles ; des textes régissant l’Enseignement supérieur, mais inadaptés ou non appliqués ; des ressources humaines et financières insuffisantes ; l’absence de recherche et de manuels de procédure administrative au profit de l’Enseignement…bref, la liste est trop longue à énumérer.

Des remèdes pour une situation alarmante

Du rapport du ministre de tutelle, il ressort que le système d’enseignement supérieur malien se trouve aujourd’hui dans une situation critique. Il connaît des difficultés en bonne partie liées aux effectifs pléthoriques de filières de formation à dominante littéraire et aux faibles capacités d’encadrement du personnel enseignant et de gestion du personnel administratif. Depuis vingt ans, le diagnostic de l’Enseignement supérieur malien fait ressortir les mêmes maux  qui vont en s’aggravant : il s’agit de l’augmentation trop rapide des effectifs par rapport à ceux des enseignants ;  du déficit criard en infrastructures pédagogiques et résidentielles ; du déficit structurel entre les ressources affectées au sous-secteur et les besoins réels ; de la faible capacité de gouvernance ; de la difficulté à améliorer l’employabilité des diplômes ; des conditions de travail et de vie difficiles pour les enseigants et les étudiants.

Pour y apporter des solutions, le Gouvernement a organisé, en 2008, un Forum élargi à l’ensemble des parties prenantes de la société. Ledit Forum a fait des recommandations dont le suivi et la mise en œuvre sont assurés conjointement par le Gouvernement et les représentants de la société civile. Mais la mise en œuvre de ces recommandations n’est pas parvenue à mettre fin aux nombreuses grèves qui sont à l’origine des dysfonctionnements du système dont une des manifestations est le chevauchement des années universitaires avec, comme corollaire, des programmes inachevés, des examens organisés dans des conditions calamiteuses et des diplômes sans aucune compétence réelle requise en la matière. Pour l’année en cours, le taux moyen d’exécution des cours à l’Université de Bamako est petitement de l’ordre de 28%. A y regarder de plus près, il est de 0,4% pour cinq facultés : FAST, FLASH, FSEG, FMPOS et CESB. Ce taux varie de 60 à 85% pour  l’ISFRA, la FAST et l’IUG.

Au-delà de ces aspects académiques et pédagogiques, le campus social constitue aujourd’hui un réel danger à la fois physique et moral. Tant sur le plan académique que sur le plan social, l’Enseignement supérieur a aujourd’hui besoin d’une thérapie de choc qui doit consister, entre autres, à redimensionner l’Université de Bamako en entités de taille modeste avec une gestion plus aisée et à réhabiliter les résidences universitaires. Cette thérapie est nécessaire pour une prochaine rentrée universitaire dans des conditions souhaitées de qualité et de sécurité.

Par Oumar Diawara « Le Viator »

Le Coq 08/07/2011