Campagne de désobéissance civile Jusqu’où ira le M5-RFP ? Apparemment mécontents de devoir revoir la copie de leurs revendications rassemblées dans le « Mémorandum » du 30 juin, les leaders du M5-RFP promettent une campagne de désobéissance civile, en vue de contraindre le président IBK à  « écouter le peuple ». Jusqu’où peuvent-ils aller ?

Cette désobéissance civile, prévue par l’article 121 de la Constitution du 25 février 1992 et brusquement brandie comme une épée de Damoclès peut contraindre IBK à quitter le pouvoir. Rien n’est moins sûr. La question se pose alors de savoir jusqu’où peuvent aller les « désobéissants » du M5-RFP ? Cheick Oumar Sissoko du mouvement Espoir Mali Kura croit dur comme fer que cette défiance aura raison du régime, comme s’il ignore qu’un bâton n’a jamais pu effrayer un lion dans sa tanière…

En tentant de paralyser le pays, les leaders du M5-RFP ne pourraient-ils pas susciter la colère du bas peuple qui ne veut vivre en paix ? Sans nul doute. Quand on sait que le Mali est un pays où le secteur informel est très important et où la débrouillardise est de taille, il est probable que les agitateurs viennent à être critiqués pour des manifestations récurrentes.

Par ailleurs, le gouvernement d’union nationale, censé calmer un tant soit peu les velléités protestataires, serait une question d’heure. Il scellera la volonté d’IBK de demeurer dans son fauteuil présidentiel malgré les bruits de trottoir… de défiance. Serait-il requinqué plus qu’avant ? Des indices semblent l’indiquer.

Rappelons qu’aussitôt noué, le fil du dialogue est rompu entre le président de la République et ses interlocuteurs du M5-RFP. Tout semble l’indiquer, d’autant que le chef de l’Etat renvoie ces « empêcheurs de tourner en rond »  d’aller poursuivre les efforts d’approfondissement de leur « mémorandum » avec sa majorité présidentielle. Non sans laisser entendre que le gouvernement d’union nationale, dont il a concédé la formation, pour apaiser les uns et les autres, ne saurait tarder à être mis en place. La formation de ce gouvernement traduira la volonté d’IBK d’étouffer, d’une manière ou d’une autre, les appels à sa « démission et de celle de son régime ». Mais, le chef de l’Etat a-t-il les moyens de cette politique ? Rien ne permet de l’exclure.

IBK comptera certainement sur le soutien de la communauté internationale, dont le rôle joué par ses pairs est important dans la baisse de ton de l’Imam Mahmoud Dicko. Le président Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Macky Sall du Sénégal auraient appelé le leader religieux à calmer le jeu et à tout faire pour préserver les institutions de la République. Même son de cloche du côté du président nigérien, dont nul n’ignore l’influence sur certains cadres du M5-RFP.

En outre, lors du récent sommet de Nouakchott, les présidents mauritanien et français auraient assuré leur implication pour aider à la préservation de la stabilité des institutions républicaines au Mali. Ce qui n’a pas laissé indifférent l’autorité morale du M5-RFP.

En effet, presque tancé par les partenaires internationaux du Mali, en proie à une crise multidimensionnelle, l’imam Mahmoud Dicko a dû revoir ses plans de pousser IBK à quitter le palais présidentiel de Koulouba. « Je pense qu’avec la volonté de tout un chacun et de toutes les parties concernées, nous allons inch Allah trouver la solution. Mon rôle d’imam, je l’ai dit, m’oblige à être quelqu’un qui considère toujours la paix comme étant l’essentiel, la paix dans notre pays, la sous-région et dans le monde », avait-il déclaré au sortir de son tête-à-tête du samedi dernier avec le chef de l’Etat.

L’on avait pourtant nourri l’espoir que les échanges entre le président IBK et les contestataires du M5-RFP allaient faire baisser la tension politique et conduire à la décrispation. Rien n’y fit : IBK n’a donc pas pu convaincre ses interlocuteurs du week-end dernier à ajouter de l’eau à leur bissap. Même si l’imam est désormais dans une démarche moins intransigeante que ses alliés de circonstance.

Ceux-ci semblent constater que le divorce est désormais consommé entre eux, une frange du peuple malien et le « président de tous les Maliens ».

«Je respecte les positions exprimées par vous et là-dessus, je vous invite à continuer et approfondir les échanges avec la majorité présidentielle», avait déclaré le président IBK, selon le communiqué de Koulouba. Et le Chef de l’État, de renouveler son invitation au M5-RFP à «intégrer le gouvernement d’union nationale qu’il propose et dont la formation urge».

Pour les contestataires, c’est désormais la rupture entre Koulouba et eux. « IBK a méprisé son  peuple! Vivement le 10 juillet », pouvait-on lire sur la page facebook de la CMAS, l’un des regroupements du mouvement de contestation du M5-RFP. Ils estiment que le chef de l’Etat continue  de « faire la sourde oreille et prouve du mépris envers le peuple malien ».  Les contestataires de fulminer que  « IBK a royalement ignoré toutes les demandes et mesures contenues dans le «Mémorandum» du 30 juin 2020, en renvoyant le M5-RFP à sa majorité présidentielle, qui ne dispose d’aucun pouvoir et pour laquelle lui-même n’a, d’ailleurs, ni respect ni considération.».

En clair, pour les opposants, c’est désormais sur le bras de fer qu’il faille fonder leurs espoirs pour atteindre leur objectif de renversement des institutions de la République. Ce qui est un chantier difficile et plein d’embûches, mais aussi d’ennemis.

Bruno D SEGBEDJI