VIH/SIDA et accès au traitement au Mali ARV : disponibilité ou insuffisances ?

« Notre pays progresse réellement dans l’initiative d’accès aux soins et traitements anti-retro viraux », affirme Madame Djerma Oumou Diarra, Présidente du Réseau Malien des Associations de Personnes vivant avec le VIH (REMAP+). Elle est devenue une femme leader de la lutte anti-sida. « Le Haut Conseil National de Lutte contre le Sida a déployé des efforts pour assurer la disponibilité des ARV. On a demandé au PNUD de préfinancer l’achat des ARV avant l’envoi de l’aide du Fonds Mondial, prévue pour septembre prochain », révèle la patronne du Réseau, qui estimant les difficultés du moment, demande au Gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires  afin que la gestion des ARV soit toujours efficace et continue. Elle se réjouit du cadre de concertation instauré entre les structures d’exécution : Cellule sectorielle de lutte contre le sida du ministère de la Santé, Groupe Pivot Santé/Population, ARCAD Sida et RMAP+.

Assurer une gestion rationnelle des antirétroviraux

Le  Mali a été l’un des pays à  décider de la gratuité de soins et des médicaments ARV à  tous les malades sans distinction aucune. Les sites de traitement ARV sont passés de 3 en 2003 à 74 en 2010, soit 25 fois de plus. Les patients sous traitement ARV sont passés de 1073 en 2003 à  33 580 en 2010, soit 31 fois plus.

Le Mali se classe ainsi parmi les pays Africains les plus avancés de prise en charge des personnes vivant avec le VIH/Sida. Une progression de quelque 34000 patients sous ARV, certes minime, mais qui démontre néanmoins que les agents sanitaires déploient de gros  efforts sur certains sites retenus pour la prescription. Il s’agit,  entre autres, des hôpitaux du Point G, Gabriel Touré et le CESAC (Centre d’Ecoute, de Soins, d’Animation et de Conseil pour les personnes vivant avec le VIH/Sida.

L’usage irrationnel du médicament en général et des antirétroviraux (ARV) en particulier peut se manifester au niveau de la prescription, de la gestion des stocks dans les établissements de soins ou du malade lui-même.

Selon  le Dr. Cissé,  le CESAC est un site de  prise en charge communautaire. «  Des médecins prescripteurs  ont été formés en 2001. Il existe de bonnes estimations depuis 2005, c’est-à-dire des dispositions sont prises pour éviter les insuffisances liées à la gestion des ARV», a indiqué le Dr. Cissé, se réjouissant de la gestion des infections opportunistes qui s’est améliorée. Selon lui, « l’arrêt des subventions du Fonds Mondial n’a guère eu des impacts sur le fonctionnement du CESAC ».

Avant 2004, les malades du Sida achetaient tout. Mais, avec l’arrivée du Fonds Mondial en 2005, l’accès aux soins et aux traitements anti-retro viraux est facile. « Au CESAC, il y a la prise en charge globale des patients qui sont sous ARV et CD4. Les médicaments anti-retro viraux sont gratuits, même ceux recommandés dans le traitement des I .O c’est-à-dire des infections opportunistes », affirme Mme Djerma Oumou Diarra pour qui, il y a souvent rupture de molécules, mais  celles-ci sont remplacées par d’autres. Pour autant, elle reconnait qu’il reste encore beaucoup à faire dans la prise en charge alimentaire.

Seul l’Etat ne peut gérer la prise en charge des patients sous traitement ARV. « L’implication des officines de pharmacies privées est à saluer. Aussi, de même pour  le laboratoire d’analyses bio médicales ALGI qui a fait des examens très poussés pour des patients», se réjouit  le Dr. Cissé avant de déplorer  le faible engouement  des  patients  qui sont réticents quant  au retrait des médicaments au niveau des pharmacies privées.  Certains malades se cachent toujours pour prendre leurs médicaments. Alors qu’on n’a eu cesse de mener la lutte contre la stigmatisation et la discrimination par l’adoption des lois et règlements.

Penser à l’alimentation

Par ailleurs, il convient de noter que  la qualité  de vie des personnes vivant avec le VIH et le Sida s’est améliorée grâce à la valorisation des patients par l’accès aux activités génératrices de revenus (AGR), le soutien scolaire et alimentaire.

AD et MC, membres de l’AFAS, mettent elles aussi en avant la précarité financière des personnes infectées. C’est une préoccupation majeure pour nombre de malades » affirme la première. « Beaucoup de malades qui commencent une thérapie anti-retro virale sont mal nourris. Ils courent le risque de mourir que ceux qui sont correctement nourris », précise la seconde, reconnaissant la prise en charge psychologique du CESAC à travers son appui nutritionnel à plus de 600 personnes vivant avec le VIH/Sida.

Face à ces préoccupations, le Dr. Cissé  apporte une précision de taille, soulignant qu’il n’existe pas de régime spécifique pour les malades du sida. A ses dires, un patient sous traitement ARV est au début très affaibli, mais au bout de quelque temps il aura de la force pour bien s’alimenter. En effet, ce dernier aura plus d’appétit. Donc, ses besoins alimentaires augmentent de jour en jour. « Chaque vendredi, une journée culinaire est organisée au CESAC pour assurer la prise en charge alimentaire », rappelle le praticien.

Pour renforcer les acquis réconfortants, le secrétaire exécutif  du Haut Conseil National de Lutte contre le Sida (SE/HCNLS), Malick Sène suggère : « le besoin et la nécessité d’accélérer la création du Fonds national de lutte contre le sida. Puisque les besoins du Mali sont couverts à 80% par l’aide internationale. Ce qui montre aujourd’hui notre très grande dépendance de financements extérieurs devenus précaires voire aléatoires avec les différentes crises que connaît le monde »

On suggère par ailleurs «  la mise en place par les pouvoirs publics d’un mécanisme de financement des traitements ARV en vue d’assurer la relève du Fonds Mondial. Ce qui signifie que l’Etat doit envisager des alternatives de financement pour faire face à des milliers de patients sous  traitements ARV.

Mahamane Maïga

Le Scorpion 06/06/2012