UNE Emeutes de jeunes : Kayes a frôlé l’enfer hier

Une affaire anodine au départ

Modibo Kane Doumbia, promoteur d’école  résidant à Bamako et que nous n’avons pu joindre, possédait depuis des années un terrain titrisé qu’il a fini par faire clôturer il y a quelques mois.  Le terrain en question était objet d’un litige et l’affaire se trouvait chez le juge déjà sous le mandat du maire sortant, Hamidou Koné, actuellement conseiller municipal de la Codem.  Modibo Kane Doumbia est revenu ce matin pour demander à l’occupant du terrain clôturé de quitter les lieux. Celui-ci, un marabout refuse. La requête de « Doumbia a mis en colère des riverains de Kayes-Ndi ainsi  qu’une association locale qui se donne pour objectif d’oeuvrer à la justice sociale.

Et Modibo Kane Doumbia saisit la police qui se rend sur les lieux et veut procéder à  l’interpellation du meneur de la casse, le propriétaire de la maison contiguë. Les agents de l’ordre rencontrent une forte opposition d’un groupe de jeunes du voisinage  dont deux sympathisants nous ont joint ce matin avec une toute autre version, bien entendu à leur avantage. A la deuxième tentative de recoupement de leurs informations, nous aurons la désagréable surprise de tomber systématiquement sur leurs répondeurs alors que nous ne recevrons jamais le mail, les photos ainsi que les numéros de téléphone qu’ils nous promirent depuis 14 heures. En tout cas, l’actuel maire Adema, Abdoulaye Camara, aura été bloqué sur le pont, avec les camions, et frôlera le pire, des jeunes de plus en plus nombreux et excités menaçant même de s’en prendre physiquement à lui.  Seule l’épreuve de force engagée entre les jeunes et les policiers le sauvera.

Pendant des heures, selon des sources concordantes, la circulation sera coupée entre les deux parties de la ville. Une histoire à priori banale se transforme en révolte de  jeunes de Kayes Ndi qui lancent pneus enflammés et pierres alors que les forces de l’ordre renforcées se trouvent contraintes d’utiliser des grenades lacrymogènes. Le calme reviendra vers 16 heures. Des interpellations auraient eu lieu mais nous n’en savons pas l’étendue. Ce qui est vrai, menacent les conjurés, c’est que cette histoire est loin d’être finie. « Elle sent la magouille. On veut exproprier les  pauvres pour les riches. Cela ne passera pas. »  Depuis quelques années, en effet, à Kayes et sans doute dans plusieurs autres localités du pays, des conflits fonciers dus aux attributions des maires et des procédures de titrisation sont devenus le talon d’Achille du processus de décentralisation.

Adam Thiam
11/01/2011