Manifestations en Libye : Quel sort pour les Maliens ?


Calvaire    

B. Dembélé arrivé  à Tripoli en 2010 est membre d’une petite communauté de Maliens d’environ une centaine de personnes dont les plus anciennes bouclent leur troisième année de séjour libyen. Quand nous lui parlions hier, cet ouvrier du Btp qui n’a pu poursuivre sa route vers l’Europe paraissait désespéré. « Nous les Maliens de la zone appelée Gafera, sommes aujourd’hui entassés dans quatre ou cinq chambres, avec en moyenne quinze occupants par chambre ».

Dembelé, appuyé par certains de ses voisins de chambre raconte que ce groupe de Maliens avaient été chassés, samedi, de la maison qu’ils louaient dans la banlieue de Tripoli par un groupe de jeunes libyens furieux. Ils avaient, dit-il, entre dix-huit et vingt cinq ans et ils reprochaient aux Maliens d’être pro-Khadafi et mercenaires. Dembélé, poursuit, la gorge nouée : « nous n’avons aucun contact avec quelqu’employé de l’Ambassade du Mali à Tripoli que ce soit ». Il insiste sur un fait « à ses risques et périls, un de nos compatriotes est sorti ces jours-ci pour alerter l’Ambassade. Mais la chancellerie malienne est constamment fermée ».

Le migrant ajoute qu’ils sont tous terrés, que personne ne s’aventure dans les rues où l’hostilité de la population libyenne s’est ajoutée « au risque des balles perdues ». De la pure xénophobie? Notre interlocuteur n’est pas loin de le penser. « Ceux qui nous attaquent savent que nous ne sommes pas des mercenaires ». Même conviction chez un autre groupe de Maliens chassés de leurs résidences à Boussilmi, samedi, et dépossédés de tous leurs biens, argent et même téléphone portable.

Réactions du gouvernement malien

S’agissant des Touaregs qui ont été fortement pris à partie lors des événements de Benghazzi, – ils seraient plusieurs milliers-,  M. Ag Ikotane, s’insurge : « beaucoup d’entre nous ne sont pas dans l’armée mais nous avons la nationalité libyenne». Bien entendu, il assure connaître plusieurs Touareg qui ne savent pas tirer un seul coup de fusil. Pour lui, l’amalgame entre Touareg éléments de la sécurité de Khadafi et civils Touareg vivant en Libye est terrible et désormais annonciateur « de lendemains difficiles pour notre communauté ici ». Il sollicite, bien entendu, l’aide du gouvernement malien. Que fait celui-ci ? Dans la journée d’hier, nous avons essayé de le savoir. Ainsi, entre le Ministère des Affaires étrangères et celui des Maliens de l’Extérieur, nous avons appris qu’en collaboration avec l’Organisation Internationale des Migrations, les autorités maliennes sont avancées dans le travail très difficile de localisation des Maliens, de leur regroupement et de leur rapatriement éventuel.

« Huit compatriotes sont arrivés hier soir à Bamako » soutient notre informateur dont les propos sont confirmés par la police à Senou. Ensuite,  par une compagnie égyptienne affrétée, 160 Maliens de Libye étaient attendus à Bamako, venant de Benghazzi et de Djerba. Les sources gouvernementales maliennes indiquent en plus que plus de 500 de nos « compatriotes ont été localisés vers la frontière algérienne » et assurent que nos chancelleries suivent bien la situation. Le contraste est évident avec les informations données au Républicain par le groupe de Maliens de Tripoli que nous avons contactés. Mais, rassure un diplomate, le travail n’est pas facile du tout, entre repérer nos compatriotes et les regrouper au milieu de l’insécurité actuelle ». Il faut lui en donner crédit.

Boukari Daou et Adam Thiam

Le Républicain 28/02/2011