Le héros est mort, vive le contre-héros!

Le secteur privé malien pour lequel l’ingratitude est un crime, après avoir gracieusement bénéficié de crédits d’impôt, d’exonérations, de ristournes, de marchés fictifs, …..s’est montré royalement  reconnaissant à l’endroit de  celui- là qui a donné à la corruption  toute son onction pateline et ses véritables lettres de noblesse au Mali sous son règne. Une pièce d’orfevrerie( médaille d’un kilo d’or), véritable quote- part du lion, dédiée aux enfants, les amis du Président. Le plus grand cadeau qu’on puisse  faire aux enfants, c’est de poser la primauté de l’école, de l’éducation sur tout projet de développement. A l’issue des deux mandats de notre samaritain de Président, l’avenir de ses amis les enfants est dramatiquement bouché.

Qui dit que comparaison n’est pas raison?  L’année 2002 aura vu ATT et Lula accéder à la magistrature suprême de leurs pays respectifs, concomitemment. Luis Ignacio Lula se serait senti insulté devant une telle mascarade, lui qui aura permis au Brésil d’entrer dans le BRIC(Pays émergeants) en affichant d’excellents résultats économiques doublés d’un envol insolent: ruée des investisseurs étrangers, inflation presque inexistante, taux de scolarisation des enfants élevé, diminution de la pauvrété, émergence d’une classe moyenne jouissant du système bancaire et accès aux crédits. Les troubadours-panégyristes d’ATT le comparent à  l’Empereur Auguste  qui se targuait  par la célèbre formule d’avoir “ trouvé un Rome de briques; et laissé un Rome de marbre”. Avec les formules pompeuses , les crapeauds des marais, chantres d’un certain PDES qui marche à une vitesse hypersonique, symbole “d’un Mali qui gagne” n’arrêtent de coassser, de bruire.

Peut-on parler de progrès miraculeux après les deux mandatures de ATT qui lui vaudrait d’être célébré? Soyons sérieux, on n’évalue pas le progrès d’un pays à l’aune des échangeurs, des logements sociaux d’attbougou, de la cité administrative, de la colombe de la paix….. A combien s’élève réellement le taux moyen de la croissance? A combien s’élève l’ardoise de la dette extérieure qu’il lègue aux générations futures? A quel niveau se trouve aujourd’hui l’école malienne? En presque dix ans d’exercice du pouvoir, qu’a-t-il fait pour faire sortir l’école malienne du gouffre?  A quel niveau d’industrialisation se trouve le Mali ? Et les exportations  du Mali? A-t-il créé suffisamment d’emplois? La répartition des biens est-elle équitable? Les maliens mangent –ils  à leur faim? Et le combat contre la pauvrété?  Et l’indice du développement humain: espérance de vie, scolarisation, pouvoir d’achat..! La situation sécuritaire au Nord du Mali? A-t-il su sauvegarder cette nation malienne à toutes épreuves tant à l’intérieur qu’à l’extérieur? La diplomatie malienne sur l’échiquier internationale? Autant de questions auxquelles il faudrait honnêtement répondre. Est-il besoin de soutenir que nous posons plus de questions que nous n’avons de réponses?

Si l’appeler pater patriae(père de la nation) peut prêter à la polémique sémantique, il ne serait pas moins exact de l’affubler de titre de héros de mars 1991 qui aura été l’artisan de la naissance d’un nouveau régime politique: la démocratie. Après les moments d’euphorie, la déception, la désolation et le désespoir ont fait irruption dans la vie des maliens: la montagne a accouché d’une souris. Nous avons aujourd’hui glissé d’un monarchisme constitutionnnel à une kleptocratie(gouvernement des voleurs). L’exercice du pouvoir, sur la durée, a corrompu l’homme. Il abuse et continue d’en abuser. Lord Acton ne s’était pas du tout trompé. Le héros sauveur d’un certain mars 1991 n’a pas échappé à la sacro-sainte  règle.

“ Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée: car chacun pense en être bien pourvu.” Au Mali d’ATT, la honte est la chose la mieux partagée. Elle ne tue pas, ne dérange les consciences  ni des généreux donateurs ni des heureux récipiendaires. L’orgueil et la modestie n’étant plus partie prenante de nos éthiques personnelles, tout devient alors possible. Devant des cadeaux pour lesquels on n’a pas droit, on dit non par orgueil qui tient lieu de raison.  Partager les dividendes de la délinquence financière autorisée par ATT avec ATT,  renvoyer l’ascensseur à ATT c’est bien, mais lui enseigner la modestie, la mesure et l’honnêtété, démonstrations d’une certaine sagesse, c’est lui rendre un grand service. L’image non reluisante que nous offre aujourd’hui notre Président de la République paraît si écornée qu’elle ne correspond plus à celle du héros national dans son acception la plus pure.

Un héros se caractérise par son courage, l’audace, le sens du sacrifice et du patriotisme pour son pays. Il est recompensé de façon honorifique par l’Etat en guise de reconnaissance d’un  service civil ou militaire. Le vrai  héros, digne de ce nom, garant  de l’autorité morale se serait contenté humblement d’une palme emblématique si tant est que la recompense était justifiée. Personne ne se serait offusqué de voir une figure emblématique bénéficier d’un insigne emblématique. L’homme a ridiculement manqué de modestie. Mes chers compatriotes, tenez vous bien! La réprésentation théatrale n’est pas encore finie. Si l’Empereur romain Auguste  après s’être miré à l’approche de la mort s’était exclamé en laissant choir: Plaudite, acta est fabula !”(Applaudissez, la pièce est finie !), tel n’est pas le cas de mon général-président. I

l ne lui déplairait pas de voir ses laudateurs, ses flagorneurs-profiteurs  qui ne manquent pas d’ingéniosité de monter d’autres  pièces comiques en son honneur. Après les quartiers attbougou, la médaille de 220 millions au musée national, il restera à donner son nom aux rues, ériger des statues à son honneur, classer sa maison paternelle et la mosquée qui est à quelques encablures, dans le patrimoine de l’humanité, honorer Soud’Baba  en érigeant un mausolée après sa mort et le classer huitième merveille du monde et frapper son effigie sur la monnaie nationale, les timbres, célébrer sa date de naissance. …
Nous surmontons notre timidité en frondant de concert ces impertinents de laquais et l’incartade du  héros d’hier qui n’a pas daigné laisser le sage peuple malien et l’Histoire juger ce qu’il mérite. Depuis belle lurette, les maliens, loin d’être d’une naïve candeur mais avisés, dans leur vaste majorité ont brulé le héros de mars 1991 à la faveur de la dérive monarchique, de la plutocratie( règne de l’argent), de la bureaucratie, du népostisme, du clientélisme, de l’à peu près de sa gestion du pays, de l’impunité; de la chèreté de la vie, le chômage et l’absence d’avenir radieux pour une jeunesse désemparée. La misère est ambiante. Il y’a une espèce de honte d’être le heureux récipiendaire d’une palme de 220 millions à  la vue d’une certaine misère sociale sans nom.
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Le héros de mars 1991 s’est lamentablement commué en contre -héros. Dommage qu’il n’est de si beau jour qui n’amène sa nuit. Je tire le rideau sur ses frasques ridicules, ils sont inadmissibles; je les fustige car il est  piteusement tombé dans les travers de la mégalomanie, de la cupidité, du narcissisme et de la petitesse. J’ai bien peur que cette affreuse décoration ne réussisse à cacher sa vraie nature. Et oui, il est un mortel comme nous!

Fatogoma Mohamed ouattara
Fouattara2@comcast.net
http://fouattara.blogspot.com
Orange, New Jersey
USA 14/02/2011