Fusion des départements ministériels Cheick Modibo met la Culture entre parenthèses

En lieu et place d’un ministère de la Culture et celui de l’Artisanat et du Tourisme, il faut désormais l’appeler “ministère de l’Artisanat, de la Culture et du Tourisme”. Or, regrettent les professionnels de la culture, l’artisanat est un pan de celle-ci. Pour eux, il n’y a pas de doute, le Premier ministre s’est lourdement planté dans ces choix départementaux. Cette absorption de la Culture par l’Artisanat est d’autant plus surprenante qu’elle intervient au moment où notre est en plein expansion, et que l’artisanat et le tourisme vivent dans une forte impasse depuis la crise sécuritaire de 2008.

“Nous avons souvent la culture associée à d’autres départements comme les Sports, la Communication. Donc, le problème à mon avis n’est pas d’ordre structural, car dans d’autres pays il n’y a pas de ministère de la Culture. Pourtant, la culture marche bien là-bas, comme   au Canada et aux USA”, constate Modibo Konaté, secrétaire général de la Fédération des artistes du Mali (Fédama).  
Mais dans le cas du Mali, la vraie question est celle-ci : quelle vision pour notre culture ? Si nous devons savoir que l’Etat malien affecte au département de la Culture moins de 1 % du budget  national. La sanction est immédiate, notre politique culturelle est maintenue sous sérum par les subventions de l’Union européenne qui dicte les grands axes.

Le PADESC (Programme d’appui au développement économique et social de la culture) en est l’illustration parfaite. Pour de nombreux observateurs, la nouvelle donne pose véritablement un problème dans le mécanisme de recherche de financement. “Les bailleurs sont plus disposés à mettre leur argent lorsque c’est un ministère plein que lorsqu’il s’agit d’un sous-département inclus dans un autre secteur”, constate un conseiller technique d’un ministère. Pour lui, la plupart des financements de la culture dépendent de l’extérieur, notamment les coopérations espagnole, française, chinoise, etc.

Face à un secteur menacé
Aujourd’hui, le secteur de la culture est  menacé dans tous ses compartiments : de la création jusqu’à la diffusion, il n’y a aucune chaîne pour soutenir les actions culturelles. Les industries culturelles qui émergent sont facilement asphyxiées par la fiscalité. “Aucun statut particulier pour les artistes qui vivent dans la précarité”, remarquent les professionnels de la culture. Au regard de tous ces facteurs, que devrions-nous attendre du nouveau ministre ?
“Raisonnablement pas de miracle”, répond le secrétaire général de la Fédama. Pour qui la véritable question doit se poser en terme ressources humains. Le ministère de la Culture dispose-t-il aujourd’hui des expertises nécessaires pour faire valoir les priorités de ce secteur face à celles de l’artisanat et du tourisme ?

La bataille se joue dans le cabinet recomposé autour du ministre. Pour le moment, la méthode du nouveau ministre de l’Artisanat, de la Culture et du Tourisme ne rassure point. Et il faut le dire ! Avec son style qui agace, Mme Diallo Fadima Touré est une parfaite inconnue de la culture. Avec un cabinet mal structuré, et des directeurs centraux peu rentables, difficile de s’attendre à des miracles en termes de promotion et de valorisation des initiatives et activités culturelles.

La difficulté pour le ministre, c’est l’objectivité dans l’arbitrage qu’il sera obligé de faire souvent. Le ministre sera jugé sur ses décisions. Pour les observateurs avisés, le cabinet est la clé de voûte du ministre. S’il se trompe d’hommes (ce qui est déjà le cas, notamment dans le domaine de la communication), il échouera à coup sûr. Le seul critère qui doit prévaloir, c’est la compétence.

Mais, l’organisation faitière des artistes, Fédama, dirigée par l’artiste musicien Amadou Bagayoko, est plus que jamais interpellée pour veiller aux intérêts des artistes du Mali. “Autant nous sommes disposés à accompagner le nouveau ministre, autant nous sommes enclins à dénoncer les insuffisances et proposer des solutions”, prévient déjà le secrétaire général de la Fédama.
Alors aux actes concrets Mme le ministre !

Issa Fakaba Sissoko

L’ Indicateur Du Renouveau 31/05/2012