Enigmes et Insolites en FrançAfrique (4): La diaspora, premier sponsor de la FrançAfrique.

Les dernières déclarations du Président Ouattara et les défenseurs du Fcfa, couplées à l´intensité des mouvements contre le Fcfa, font oublier, et alors de façon inimaginable que le premier et principal sponsor de la Françafrique c´est la diaspora Africaine. En effet, la diaspora apparait d´après toutes les statistiques comme le premier pourvoyeur du trésor Français en une variété de devisesétrangères et cela dans un esprit absolument philanthropiques car en échange cette diaspora n´en tire pas de bénéfices, pire ce sponsoring lui est nuisible.

Dans cette série baptisée énigmes et insolites en Françafrique, nous nous employons à décrypter l’information de façon simplifiée et à notre manière, pour nous permettre de mieux apprécier les enjeux, et d’agir à bon escient ou au plus nous éviter de tomber dans des travers qui nous ont déjà couté tant de vies. Et ceci parce qu’il faut toujours le rappeler la Françafrique est la seule région au Monde, encore en esclavage volontaire, où les citoyens peuvent être amenés à se retourner très rapidement et brutalement contre celui qui vient défendre leur causes.

Cette fois-ci, nous nous intéressons à cette situation insolite ou la diaspora qui décrie le plus le Fcfa à travers le monde et ses conséquence en Afrique Francophone, se révèle comme le principal sponsor de la Françafrique. Ce constat édifiant est une fois de plus un mystère qu´on ne peut rencontrer que dans un espace unique dans le monde: LaFrançafrique.  En effet, comme le résume l’illustration de cet article, toute devise envoyée par les membres de la diaspora africaine vers les pays de l’UEMOA et la CEMAC, atterrit directement dans les trésors de la France pour une simple raison, ces pays n’ont pas de banque centrale pour gérer ces devises. La diaspora africaine, qui est très au fait, comprend probablement très bien la situation c’est pourquoi elle est en pointe dans la lutte contre le franc cfa. Pour bien comprendre ce qui se passe avec ces transferts, il faut rappeler comment s’opère un transfert d’argent de la diaspora vers ces zones, les montants en question et les difficultés auxquelles font face la diaspora face à cette situation.

Comment s’opère un transfert d’argents de la diaspora vers l’Afrique Francophone :

Pour les 14 pays de l’UMOA et la CEMAC, le transfert d’argent obéit à la même règle qui permet à la France de récupérer et d’accumuler dans son trésor, les devises envoyées par la diaspora, et de distribuer aux Africains les Fcfa qui vont rapidement se dissoudre, sans aucun effet, dans l’économie inexistante de ces pays. Examinons étape par étape les circonstances et les transferts d’argent :

1-    Les Africains sont impactés par des problèmes structurels inhérents à la Françafrique à cause de la monnaie de destruction massive qu’est le Fcfa.
2-    Submergés par l’un de ces problèmes, les Africains vont solliciterfinancièrement la diaspora pour résoudre ou du moins, en général, atténuer l’agressivité du problème.
3-    Le membre de la diaspora va à la banque de son pays de résidence et fait une opération de transfert d’argent en dollar, euro, yen, Cedi, etc… selon le pays où il habite, en direction du Cameroun ou de l’un de ces pays de l´UEMOA et CEMAC.
4-    Ces pays, dont le Cameroun, n’ayant pas de monnaie, donc pas de banque centrale, cet argent en devise étrangères, envoyé par la diaspora, va aller directement dans le trésor Français.
5-    Le trésor Français va émettre des Fcfa qui vont être remis aux Africains à qui les devises étaient destinées.
6-    Le vaillant Africain va essayer de résoudre le problème, dans un système ou l’échec est la seule garantie, évidemment sans succès car il sera obligé de refaire appel à la diaspora dans les semaines suivantes pour le même problème ou un problème similaire.
7-    Bilan : La France empoche les devises envoyées par la diaspora et les Africains gardent les problèmes créés par le Fcfa.

Les Faits :

Malgré la crise qui affecte l’économie mondiale, les transferts d’argent vers l’Afrique Francophone sont resté en constanteaugmentation car les problèmes dans ces pays s’aggravent au fur et à mesure que l’on prolonge l’utilisation du Fcfa et les pauvres populations n’ont d’autre choix que de persécuter la diaspora par des appels incessants à l’aide financière. La banque mondiale évalue à près de 200 milliards de dollars les fonds transférés vers les pays de l’UEMOA et de la CEMAC, ce qui représente en moyenne 15 milliard de dollars par pays et par an. Il faut en réalité signaler tout de suite que ces montants sont largement sous évalués car les Africains ont développé des centaines de systèmes parallèles et informels pour transférer l’argent  qui échappent complètement aux systèmes de comptabilité classique des différents organismes.

Au-delà des montants, la puissance de ce sponsor réside dans la variété des devises que la diaspora apporte à la France. En effet, à chaque fois qu´un Africain de cette zone monétaire quitte son pays et dépose ses valises dans un pays étranger du pacifique, de l´atlantique Nord ou Sud ou d’Europe ou d´Afrique, rejoignant ainsi la diaspora, il devient automatiquement un fournisseur potentiel de la France en devises du pays qu´il vient d´intégrer. Ainsi, toutes les années, la France, à travers son trésor, reçoit de la diaspora, des devises dont les couleurs n’ont d’égale que la puissance exploratrice de notre diaspora à travers le monde. Les caisses du trésor Français sont ainsi remplies de devises en Dollar, Euro, Rouble, Yen, Yuan, Dinar,Afghani, Rand, ZAR, Lek albanais, Kwanza, Dollar, Riyal, Peso, Dram, Manat, Taka, Ngultrum, Rouble , Kyat, Boliviano, Mark, Pula, Réal, Lev, Riel, Escudo cap-verdien, Yuan, Won, Colon, Kuna, Couronne danoise, Dirham, Nakfa, Birr, Finlande, Dalasi, Lari, Cedi, Quetzal, Gourde, Lempira, Forint, Roupie, Rial, Couronne, Shekel, Tenge, Shilling, Kirghizistan, Som, Kiribati, Kip, Loti, etc… Le trésor Français est aujourd’hui une véritable caserne d’Ali Baba qui permet à la France de rayonner et de commercer avec la quasi-totalité de la planète avec une aisance et une arrogance stupéfiante qui rend certains pays européens perplexes. En effet, la France, par ce canal, dispose du nerf de la guerre qui lui permet de mener facilement des activités de lobbying, corruption et d’échanges à travers le monde. Pendant ce temps-là, les populations des deux zones économiques UEMOA et CEMAC qui ne connaissent que le Fcfa, ignorent, et alors complétement, l’existence même de ces devises.

Et pourtant cela rapporte très gros à la France.

En tout cas, pour revenir au montant, les sommes transférés par la diaspora Africaine seraient trois à quatre fois plus importantes que l’aide publique au développement pour l’Afrique, estimée à environ 30 milliards. Selon certains rapports, ces fonds profiteraient à des millions d’Africains grâce aux opérations réalisées par quelque 30 millions de migrants africains. Mais pour nous, nous considérons que les fonds transférés vers l’Afrique UEMOA et CEMAC ne profitent in fine qu’a la Françafrique et ses adeptes. Les populations constatent les transferts mais n’en profitent réellement pas. Nous nous attarderons sur cette évidence dans une autre publication mais si vous avez des doutes et si cela vous amuse vous pouvez constater le niveau de développement dans ces zones qui recevraient finalement au total cinq fois plus l’aide publique au développement initialement prévu par les experts (prédateurs) de cette planète. Ces pays de cette zone devraient donc être quatre à cinq fois plus développés que la moyenne. Est-ce le cas ? Non. C’est plutôt l’inverse n´est-ce pas?

Quels bénéfices pour la diaspora en retour ?
Puisque la population Africaine de cette zone ne profite véritablement pas de ces transferts, on peut se poser la question de savoir ce qu’en tire vraiment la diaspora. Le principal bénéfice de la diaspora dans cette histoire c’est le développement inéluctable d’un AVC, une maladie très courante ici au Cameroun et qui est généralement associée à la recherche répétée d’une solution à un problème récurrent, sans succès et même sans espoir de succès. Et cela est inévitable car la Diaspora, en envoyant ces devises, elle essaye de résoudre les conséquences du problème que constitue la Françafrique et ne s’attaque pas du tout au problème Françafrique qui reste tout entier avec des conséquences qui s’aggravent tous les ans. Au final, les Camerounais comme tous les Africains de l’UEMOA et la CEMAC, réclament tous les ans de plus en plus d’argent  à la Diaspora pour des problèmes qui restent les mêmes avant et après l’envoi de l’argent.

Essayons de considérer ici, pour ne pas apparaitre comme des théoriciens de laboratoire,  trois exemples des conséquences des problèmes, qui sont toujours là aujourd´hui, et que la diaspora essaye de résoudre, de façon répétitive, depuis près de 70 années. La diaspora envoie donc de l’argent pour:

–    Soigner la hernie de l’oncle Moyo mais il n’y a pas d’hôpital équipé, ni de médecins dévoués et ni de médicaments appropriés. Au bilan, l’oncle Moyo n’est pas ou est mal soigné et l’argent a disparu, ramené à Paris par les médecins en vacances ou les vendeurs de faux médicaments.
–    Aider tante MBazoa à créer sa petite entreprise (une boutique par exemple). Deux mois plus tard, la boutique est brûlée dans un incendie de marché, un événement étonnamment trèsfréquent dans les grandes  villes de l’UEMOA et la CEMAC (Abidjan, Yaoundé, Douala, Lomé, etc…. Au bilan, la Tante MBazoa n’a pas de boutique et l’argent a disparu, ramené à Paris par les importateurs car elle ne vendait que des produits importés, APE oblige.
–    Payer les arriérés de facture d’électricité du doyen Ousmane. La société d’électricité menace de lui arracher son compteur s’il ne paye pas à temps ces arriérés qu´il conteste puisqu´il estime qu´en 6 mois il aurait reçu l´équivalent de 6 jours d´électricité. Le doyen Ousmane va perdre sa jambe gauche dans un accident de mototaxi sur le trajet qui l’amenait vers les bureaux de Express Union où il devait retirer les 400 Yens que son neveu lui a envoyés de Tokyo. Noter que les mototaxis causent des mutilations au Cameroun où l’état des routes offre un spectacle féerique des motos en circulation. C´est un cinéma. Au bilan, le doyen Ousmane va perdre sa jambe gauche et l’électricité, qu’il n’utilisait pas d’ailleurs à cause de fréquent délestages, va être coupée. Et l’argent a disparu, ramené à Paris par les sociétés Française d’électricité qui vendent du vent en Afrique Francophone.

Voilà mes chers Camerounais et Africains de l’UEMOA et CEMAC, le dilemme que notre diaspora traine comme un boulet depuis de nombreuses années. Cette diaspora, très alerte, très généreuse et très à l’écoute, a bien compris que cela constituait un problème. C’est pourquoi elle a entrepris de mettre à mort le Fcfa. En attendant la réalisation de cette solution radicale que constitue la fin du Fcfa, la Diaspora reste une alliée au service de la France, au même titre que les régimes de … Bongo, Eyadema, Biya…. Ceci n’est peut-être pas une surprise pour beaucoup d’entre vous mais vous êtes au courant que la Diaspora de l´UEMOA et CEMAC, en remplissant les caisses de la France de devises, est au service de la France. Et une fois de plus, la France, qui est certes condamnable, est dans son rôle et n’est pas à blâmer sinon cela voudrait dire que nous ignorons véritablement ce que c’est qu’un état. En attendant la fin du Fcfa, il faut donc trouver des mécanismes qui vont permettre à la Diaspora de répondreà la détresse des Africains du Continent, sans être le principal pourvoyeur du trésor Français en devises étrangères.  En tout cas la diaspora ne peut pas dire qu’elle ne savait pas.

Par Douala Ngando

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