TOUR DE LASSA Une révolution inachevée, une démocratie biaisée

A la fin d’une nuit douce, moins froide que les précédentes, Bamako avait visiblement du mal à se réveiller en cette matinée du 28 décembre 2018, un vendredi saint. A l’image de cette aube prolongée par la peine qu’avaient les rayons de soleil à éblouir la capitale malienne protégée par la brume comme bouclier naturel. Un beau spectacle que j’ai eu le loisir de savourer à partir de la modeste tour de Lassa !

 Si, au finish, le soleil a fini par briller dans toute sa splendeur, la victoire sur la brume a pris du temps. Une image qui n’est pas sans rappeler l’accouchement de la démocratie au Mali. Un long processus contre un régime solidement enraciné dans nos peurs, nos craintes du prix à payer pour nous émanciper de son joug et jouir de toutes nos libertés.

Le chemin fut long et jalonné de sacrifices dans tous les sens du terme. Mais, finalement, c’est le peuple qui a eu le dernier mot avec cette insurrection populaire conclue par un coup d’Etat le 26 mars 1991. La conférence nationale a ensuite doté le pays d’institutions pour l’ancrage de la démocratie naissante. Des “tours” fascinants sur papier. Mais, à la longue, les Maliens ont découvert que ces institutions étaient des éléphants aux pattes cassées.

«L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes», avait martelé Barack Obama dans un discours historique prononcé devant le Parlement du Ghana en juillet 2009 à Accra. Au Mali, la démocratie ne nous a permis d’avoir ni l’un l’autre. Les institutions ne sont que théoriques parce que vidées de leur quintessence par les hommes qui sont chargés de les animer et qui n’ont ni la conviction ni la conscience de cette mission historique.

Une institution, quelque pertinent que soit son contenu, ne vaut que par la qualité des hommes qui l’animent et les valeurs que ceux-ci véhiculent. En fait, la démocratie s’est vite révélée être une utopie, une illusion parce que, dans la réalité de la gouvernance, le peuple était berné. La seule chose réelle et incontestable, c’est le sacrifice des martyrs pour un idéal vite sacrifié par les “démocrates” sur l’autel de la conquête du pouvoir.

De nos jours, le pouvoir est conquis au nom du peuple, pas pour le servir mais pour l’asservir davantage. Quand la principale préoccupation d’un peuple se résume à la possibilité de joindre les deux bouts, il est facile de le berner et de le bercer d’illusions. Ce qui fait que le Mali ne se porte pas mieux aujourd’hui, après près de trois décennies de démocratie, que pendant les 23 ans de dictature.

La croissance économique et le développement dépendent de la bonne gouvernance que nous attendions tous de la démocratie. Oui, l’avènement de ce système politique, obtenu dans le sang des martyrs, était attendu par les Maliens comme «une nouvelle période de grande promesse», comme un tremplin du changement devant «déverrouiller les potentialités» humaines et économiques de ce pays certes désertique, mais non dépourvu de richesses.

 

Une démocratie qui engendre des maux et non des valeurs

 

Comme l’a défendu l’ex-président Obama (en juillet 2009 au Ghana), «des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès ; des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu’une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie parce que c’est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens». Notre démocratie n’a concrètement abouti à rien de tout cela.

Comment cela peut-il s’expliquer ? Parce que la Révolution a été inachevée. Dans la tempête de la conquête du pouvoir, les martyrs ont été vite oubliés. Tout comme le vrai héros de la chute du général Moussa Traoré et de son parti unique, l’Union démocratique du peuple malien (UDPM) : le peuple malien !

Les Maliens ont vite déchanté et ont compris à leurs dépens que la démocratie n’est pas une fin en soi ou un remède miracle à tous leurs problèmes et à tous leurs maux comme elle leur a été présentée pour les pousser dans la rue. Une désillusion qui va crescendo au fur et à mesure que les maux (corruption, délinquance financière, népotisme, libertés confisquées, injustice…), que la démocratie était sensée combattre, gangrènent l’élite dirigeante et hypothèquent tous les efforts sensés lui offrir le bien-être promis par le Mouvement démocratique.

Les grandes batailles, les combats et les causes les plus nobles se défendent et se gagnent par le courage, la bravoure mais aussi et surtout par la patience et la persévérance ! Les réussites les plus nobles, les plus résistantes et les plus enviables sont celles forgées par la sueur du travail !

Soyons maintenant les boulangers déterminés de notre vie. N’acceptons plus de laisser notre destin et le sort de notre pays entre les mains de ceux qui ne se battent que pour leur propre ascension sociopolitique et le confort de leur famille, voire de leur clan. Soyons les acteurs intègres et dévoués du développement de notre pays, de la paix universelle.

Pour remédier à la situation catastrophique que vit le Mali, conseille Cheick Boucadry Traoré, le président de la Convergence africaine pour le changement (CARE), nous devons faire «face à nos responsabilités citoyennes» en prenant part à «l’écriture de notre destin collectif». Pour ce faire, «nous devons avoir la force et le courage de reconquérir nos valeurs, surtout celles qui nous unissent en tant que nation. Nous devons avoir la vision et la volonté de développer notre pays. Nous devons être prêts à prendre notre destin et notre avenir en main d’autant que personne ne le fera à notre place».

«L’indépendance, ce n’est pas une récompense, c’est une responsabilité», disait le regretté président Modibo Keïta à l’accession du Mali à sa souveraineté nationale et internationale. Tout comme la démocratie d’ailleurs ! Nous devons donc tous contribuer à bâtir cet avenir dans un esprit de communion et de solidarité, d’unité et de patriotisme !

Hamady Tamba