SECOND TOUR DES LEGISLATIVES   La légitimité du futur parlement affecté par le coronavirus

Plus de 7 millions de Maliens étaient appelés dimanche dernier 19 avril 2020, à élire 125 députés (sur les 147 de l’Assemblée nationale) dans 43 circonscriptions. Ce qu’on retient, notamment à Bamako, c’est que ce second tour n’a pas connu une grande affluence. La crainte du coronavirus est sans doute passée par là. Et pourtant, le gouvernement avait mis le paquet double pour le respect des gestes barrières de prévention.  Si ce (très) faible taux de participation (près de 23 %) se confirme, le COVID-19 aura réussi à affecter la légitimité de la future Assemblée nationale du Mali.

 

La crainte du COVID-19 a pesé sur le second tour des législatives au Mali marqué dimanche dernier (19 avril 2020) par une faible affluence dans les bureaux de vote, ont souligné des observateurs dans des déclarations à la presse. Selon le Pool d’observation citoyenne des élections au Mali (POCIM), le taux de participation est d’environs 23 %. Un chiffre légèrement bas par rapport à celui du premier tour qui était de 35,58 %. Le Pocim déplore également la non-tenue du scrutin dans plusieurs localités du nord et du centre du pays.

Paradoxalement, par rapport aux mesures préventives du COVID-19, les observateurs ont noté avec satisfaction l’existence des kits sanitaires dans 96,2 % des centres et bureaux de vote observés. Et le personnel électoral portait des masques dans 87,2% des bureaux visités.

Les masques ont été également distribués aux électeurs dans certains centres de vote du District de Bamako. Comme promis, le gouvernement a donc tout mis en œuvre pour éviter que ce scrutin ne favorise de nouvelles infections au coronavirus.

En effet, des kits de lavage des mains étaient visibles aux portes d’entrée des centres de vote un peu partout, notamment dans la capitale. Et des agents du ministère de la Santé et des Affaires sociales veillaient strictement au respect scrupuleux des gestes barrières contre le coronavirus. Tout comme des lignes avaient été tracées pour faire respecter les mesures de distanciation sociale…

Après avoir accompli son devoir citoyen, le président Ibrahim Boubacar Kéita s’est aussi exprimé sur cette pandémie. «Nous ne pouvons pas confiner les Maliens, les bloquer à la maison, les condamner à la mort par la faim», a confié à la presse (en bambara) le chef de l’Etat malien.

«Nous ne devons pas prendre le port des masques à la légère parce que c’est une pratique vitale. Le devoir du gouvernement est d’offrir des masques aux populations pour les protéger. Mais, le reste dépend de chacun. Nous devons le porter pour nous protéger et protéger les autres…», a ajouté le président de la République. Il a aussi annoncé que sur la commande de 20 millions de masques annoncée dans son message à la nation le 10 avril dernier, 10 millions ont été livrés hier, samedi 18 avril 2020.

 

Une pensée émue pour Soumaïla Cissé

Le Président IBK de souhaiter que chacun accorde toute l’importance requise à cette initiative du gouvernement.  Et d’insister, «si l’Etat a fait un tel effort, si je me suis prononcé  à ce niveau. Ce que le jeu en vaut la chandelle, le masque protège… Si sur 7 millions d’habitants à Hong Kong, il n’y a eu que trois morts, ce que le masque protège et qu’il vaut qu’on le porte pour nous, pour notre famille et pour les autres».

Pour IBK, chaque Malien a l’obligation de protéger  l’autre. «L’État a le devoir de protéger tout le monde. Ce qu’il a commencé à faire et ce qu’il fera.  Les masques produits par nos tailleurs seront de mise et nous produirons tant de masques  qu’il faudra pour que chaque Malien en dispose. Nous le souhaitons de toute notre âme».

Par rapport au débat sur le maintien de ce scrutin malgré la menace du Covid-19, le chef de l’Etat a rappelé qu’il était essentiel de voter après deux reports. «Il faut que  le Mali ait des Institutions solides pour qu’après le Coronavirus qu’on  ne nous  dise pas que nous n’avons pas des institutions solides et que l’Etat bascule dans le chaos. Non ! L’Etat Malien sera là débout, digne   dans le vent et avancera», a martelé Ibrahim Boubacar Kéita.

Le Chef de l’Etat malien a eu aussi une pensée pour le Chef de l’opposition retenu en otage depuis le 25 mars 2020 et qui figure parmi les 22 députés élus dès le premier tour. Le président Kéita a prié pour «son retour sain et sauf dans les meilleures conditions».

Ce second tour doit permettre d’élire 125 députés (sur les 147 de l’Assemblée nationale du Mali) dans quarante trois (43) circonscriptions électorales, dont les six communes du district de Bamako. Au premier tour organisé le 29 mars 2020, seuls 22 députés ont été élus, dont 5 femmes. En plus d’une crédibilité entamée par un faible taux de participation, la future législature sera marquée des entrées fracassantes comme celle de l’ancien Premier ministre et président du parti Yèlèma, Moussa Mara, élu en commune IV. Et elle risque d’être handicapée par des absences comme celle de l’emblématique opposant et président du parti Sadi, Dr Oumar Mariko, qui aurait été battu à Kolondiéba, son fief électoral, par l’ancien Directeur général de l’ORTM, Sidiki Nfa Konaté. Si ces résultats provisoires sont confirmés par la Cour constitutionnelle, se sera un véritable coup de tonnerre dans le ciel de la démocratie malienne !

Moussa Bolly