Risques de la migration irrégulière

La migration irrégulière, est un phénomène qui préoccupe au plus haut point les
populations de la première région. Aussi la mobilisation était-elle à l’ordre du jour,
lors du passage de la mission des Maliens de l’extérieur à Ambidedi, dans la région
de Kayes, dans le cadre de la campagne d’information et de sensibilisation sur les
risques de la migration irrégulière. On y notait surtout, la présence de toutes les
autorités politiques et administratives du cercle et aussi celle des chefs traditionnels
et religieux de la place.
Dans son allocution, le maire d’Ambidedi a souhaité la bienvenue à tout ce beau
monde. Avant de se réjouir du choix porté sur sa commune pour débattre du
sujet aussi important que les risques de la migration irrégulière. Il a enfin donné
l’assurance que toutes les activités prévues pour la journée de campagne allaient
être suivies avec intérêt par les populations.
Pour sa part, le représentant du gouverneur de Kayes, a soutenu que la campagne
avait pour objectifs de protéger la jeunesse contre le risque de la migration irrégulière
et de faire de la migration régulière un réel facteur de développement. Il a alors
exhorté les populations de Kayes à se mobiliser contre la migration irrégulière afin
que leur région amorce enfin une véritable stratégie de développement basée sur
une mobilité consciente et régulière.
Après ces deux allocutions, la campagne s’est, ensuite, ouverte sur la conférence
débat sur les risques de la migration irrégulière. Le premier conférencier, Amadou

Diakité, a tout d’abord fait savoir que le Mali, de par sa position géographique
particulière et l’histoire de son peuplement, a de tout temps été un espace de
mobilité, de brassage et d’intégration de population d’origines diverses. Cette
situation, selon lui, fait du Mali un pays de forte tradition migratoire. Les raisons de
l’émigration des Maliens, a-t-il soutenu, se résument à l’insécurité environnementale
et alimentaire, la pauvreté des populations, l’enclavement du pays, l’insuffisance
d’opportunité d’emploi rémunérateur et le contexte international défavorable.

14 703 refoulés pour la seule année de 2011
Amadou Diakité a ensuite souligné que depuis 2005 le Mali est confronté aux
conséquences désastreuses des migrations irrégulières. Celles-ci se traduisent par
un très grand nombre de refoulés et d’expulsés, des disparitions et même des morts
avérés dans des océans ou à travers le sahara. La Délégation Générale des Maliens
de l’Extérieur (DGME) estime le nombre d’expulsés maliens à 1410, 936, et 14 703
respectivement au titre des années 2008, 2010 et 2011.
Le conférencier a cité les principaux pays de provenance des expulsés. Il s’agit de la
France, l’Espagne, la Côte d’Ivoire et la Libye. «Chaque fois que des cas d’expulsion
ou de refoulement se présentent, le gouvernement à travers le ministère des Maliens
de l’extérieur ainsi que les autres départements concernés viennent au secours
des compatriotes en détresse» a noté M. Diakité. En plus des actions d’urgence, le
ministère a mis en place un programme triennal de réinsertion socio économique en
faveur des membres des associations de migrants à travers la DGME et le CIGEM.

Une kyrielle d’actions du gouvernement et des PTF
Le deuxième conférencier Drissa Diouara a présenté une longue liste des actions
menées par le gouvernement à travers le ministère Maliens de l’Extérieur et de
l’Intégration Africaine. Il s’agit, entre autres, de la prévention des jeunes contre
les risque et dangers de la migration irrégulière à travers des campagnes, la
multiplication des actions tendant à améliorer les possibilités de la migration régulière
dans le cadre du programme de travail négocié avec les partenaires. A l’exemple
du cas de 29 travailleurs saisonniers maliens en Espagne et les rencontres avec
les autorités saoudiennes. L’octroi de 50 bourses de formation professionnelles
par le CIGEM dans trois pays de la sous-région et en Tunisie, le financement des
associations pour améliorer l’accueil des expulsés et des refoulés par le CIGEM
et l’organisation de 3 fora par le ministère (forum de la diaspora malienne, forum
des investisseurs de la diaspora, forum de la diaspora intellectuelle, scientifique et
technique).
Les campagnes, jusque-là, menées par le ministère des Maliens de l’Extérieur ont
certainement eu un écho favorable. A Ambidedi, cela s’est confirmé par la très
grande mobilisation des populations, la qualité des débats autour des risques sur la
migration et surtout les interventions des femmes, des religieux et des enseignants. Il
faut noter surtout l’intervention de Mme Kandé Coulibaly, ressortissante de la localité,
qui a demandé aux femmes de ne plus pousser leurs enfants et leurs maris à
l’émigration. Plus significatif fut le cri de cœur lancé par un enseignant : «Nos écoles
se vident de leurs élèves, un phénomène tout à fait nouveau». Aussi a-t-il demandé
aux parents de cesser de retirer leurs enfants des écoles pour les contraindre à
l’émigration.
Les différents sketches contre la migration irrégulière, présentés par les jeunes
du cercle, au cours de la soirée qui a bouclé les manifestations de la journée,
témoignent, à suffisance, de la prise de conscience effective du phénomène.

Pierre Fo’o Medjo

 

22 Septembre 20/02/2012