PM-FDR-COPAM-IBK 2012-ADPS-COREN: Qui roule réellement pour le Mali ?


 

Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra après 4 mois de gestion primatoriale avec les “pleins pouvoirs” doit s’aviser que la recréation est terminée. Les Maliens en ont marre de ses multiples communiqués d’impuissance chaque fois que les nébuleuses d’Ançar Eddine, Aqmi et Mujao se livrent à l’application, dans toute sa rigueur, de leur “charia”. Le descendant de Da Monzon Diarra, s’il pouvait en être fier, doit se résoudre à faire face à sa première mission : la reconquête du territoire.

Il lui est demandé de libérer le pays et d’organiser des élections transparentes et crédibles dans une année, nous sommes au 5e mois où les occupants accentuent leur emprise sur le territoire occupé. Le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra reste confus dans son élan. Tantôt on a l’impression qu’on va négocier, tantôt c’est l’option militaire qui est évoquée.

Dans tous les cas, les Maliens s’impatientent. La tempête FDR qui a sérieusement secoué son trône et l’a suffisamment effrayé, appartient désormais au passé. Le gouvernement d’union nationale, qu’il a taillé à sa mesure et contesté par certains acteurs, devrait se mettre au travail parce que le temps est cher.

 

Si le ridicule pouvait tuer au sein de la classe politique !

Alors qu’ils passent le temps à crier dans nos oreilles que seul compte le Mali, la mise en place du gouvernement d’union nationale a permis de découvrir la vraie face de certains acteurs. On a pu assister à la pression-chantage exercée par l’alliance IBK-Mali 2012 pour arracher ses deux maroquins gouvernementaux.

De hautes luttes, le président de cette alliance, Bocar Moussa Diarra, président de l’UM-RDA – s’il pouvait suivre l’exemple des Modibo Kéita, Tiéoulé Mamadou Konaté – s’est vu attribuer un strapontin politique avec le poste de ministre délégué chargé des Langues nationales et de l’Instruction civique. L’homme qui disait que son As n’est autre chose que le Mali devrait comprendre que tous les Maliens, à quelque niveau que ce soit, peuvent bien servir le pays, si c’est réellement pour la cause du Mali.

Il y a aussi le cas de l’ADPS de Soumana Sako qui désavoue le gouvernement. Et son leader ne s’est pas empêché de s’attaquer aussi au fait qu’un département chargé des Affaires religieuses et du Culte y a été créé. Certains expliquent cette position rebelle par le fait que l’alliance ne se sent pas représentée dans ce gouvernement.

Dans tous les cas, Zorro et compagnons doivent mettre le Mali en avant et s’élever au-dessus des querelles bassement matérielles. Comme l’a dit le président de la République par intérim, Pr. Dioncounda Traoré dans son adresse à la nation, “chacun d’entre nous a une dette envers ce grand Mali, aujourd’hui malade et qui attend de ses débiteurs l’acquittement de cette dette”.

Est-ce le cas chez nos acteurs politiques notamment à la Copam ? Ce regroupement pro-junte a volé en éclats suite à la mise en place du nouveau gouvernement. Chacun, voyant midi devant sa porte, voulait être ministre pour bien déguster le gâteau national. Et puisque le regroupement n’a pas été créé pour la cause exclusive du Mali, le mauvais casting des victuailles politiques a donc sonné la mort de la Copam.

Et ses premiers responsables ne peuvent que constater le cercueil. Comme le disent les bambaras, Mali ko tè (ce n’est pas pour la cause du Mali). Si Hamadoun Amion Guindo et Adama Traoré ont agi comme le disent leurs détracteurs, c’est qu’ils n’ont pas mis le Mali avant. Et si leurs détracteurs ont aussi franchi le Rubicon en les limogeant pour n’avoir pas figuré dans le nouveau gouvernement, ceux-ci aussi n’ont pas mis le Mali en avant.

 

Le Coren aussi ?

Que dire du FDR dont le seul souci était devenu ces derniers temps le gouvernement d’union nationale sur fond de départ du Premier ministre Cheick Modibo Diarra ! Quand Cheick rendait public son premier gouvernement le 24 avril 2012, le Front pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (FDR) bien que n’ayant pas été consulté a fortiori y figurer, disait ne rien entreprendre pour empêcher ce gouvernement d’accomplir sa mission. Mais cette profession de foi n’a pu malheureusement résister à l’épreuve de la faim politique.

Et finalement on avait l’impression que seul le gouvernement était devenu la seule préoccupation des frontistes, opposés au coup d’Etat du 22 mars. N’ayant pu récolter que 4 strapontins sur la trentaine de ministères créés, l’unité va se maintenir difficilement dans les rangs du FDR. Des sources annoncent que le regroupement pourrait voler en éclats suite à la mise en place de ce gouvernement. Et on comprendra que ce n’était pas le Mali qui était à l’origine de ce front grégaire, mais la bataille pour la sauvegarde des victuailles politiques.

Les jeunes aussi ne sont pas restés en marge de ce qui paraît être le combat des vautours autour de la dépouille du Mali. Le 1er vice-président du Conseil national des jeunes (CNJ), Alioune Guèye, n’a manqué pas d’exprimer sa déception face au fait que cette frange importante des Maliens ne soit pas prise en compte dans le gouvernement CMD II. Pourtant, croit-il savoir, c’est le président de la République, en invitant les forces de la nation à envoyer leurs CV au Premier ministre Cheick Modibo Diarra, qui encourageait la participation des femmes et des jeunes.

Alioune Guèye dont le seul CV a été envoyé par le CNJ, histoire de maximiser ses chances, regrette que son organisation, qui a été aussi consultée par Pr. Dioncounda Traoré, sorte bredouille de la chasse au gibier-Mali. Néanmoins, il souhaite que la faute soit réparée au cours des nominations dans les cabinets ministériels.

Mais le comportement alimentaire qui a le plus surpris aura été celui d’un responsable du Collectif des ressortissants du Nord (Coren). Au moment où on croyait que la libération du Nord était le seul combat qui vaille au Coren, son président Malick Alfousseyni, perd le Nord dans une interview dans laquelle il désavouait le gouvernement par le fait qu’il ne contient pas de Sonrhaïs.

L’homme s’est fait désavouer par l’opinion nationale jusque même au sein du même Coren, où son secrétaire général, M. Dicko, n’a pas manqué de diffuser un communiqué la semaine écoulée pour se démarquer de ces considérations tribales de son président. Pour lui, ce qui compte, c’est la libération du Nord, et c’est ce qui compte aussi pour tout bon patriote malien.

Comme on le voit, le danger serait ôte-toi d’ici que je m’y mette.  La gestion publique n’est pas un partage de gâteau. Etant dans ou dehors du gouvernement, chaque fils du pays peut apporter sa pierre à la construction de l’édifice national à travers des propositions constructives. Les critiques stériles encore en cours tiennent beaucoup plus à des questions de place qu’autre chose. Tout le monde ne peut pas figurer dans un gouvernement. Les débats inutiles nous ramènent en arrière. Donnons-nous la main et taisons les bisbilles politiques afin de permettre aux ministres commis à la tâche de faire face aux dossiers brûlants de l’heure.

Abdoulaye Diakité

L’Indicateur du Renouveau

28 Août 2012