Lilian Thuram, Hapsatou Sy… Macron organise un grand débat avec les «diasporas africaines»

Le chef de l’État a convié quelque 400 personnes pour un échange de deux heures, jeudi après-midi à l’Élysée. La discussion, prévue sous forme de questions-réponses, se fera en présence notamment du président du Ghana.

Ce sera une rencontre «au format grand débat». Jeudi après-midi, Emmanuel Macron a convié quelque 350 personnes – connues ou anonymes – issues des «diasporas africaines», ainsi qu’une cinquantaine d’élus et de représentants d’associations à l’Élysée. L’objectif de ce rendez-vous, auquel assistera notamment le président du Ghana Nana Akufo-Addo, est de permettre un échange qui se veut à la fois «libre», «spontané», et «le plus vivant possible». En pratique, cela se traduira par un exercice de questions-réponses d’au moins deux heures, qui sera modéré par la journaliste franco-camerounaise Élizabeth Tchoungui.

Selon l’entourage d’Emmanuel Macron, cette initiative doit «faire écho au discours de Ouagadougou» prononcé par le chef de l’État le 28 novembre 2017. «Dix-huit mois après cette prise de parole, nous constatons que l’on a réussi à faire comprendre ce que l’on veut faire en Afrique (…) mais que cela est beaucoup moins évident en France», explique un conseiller. «Au-delà de l’enjeu sécuritaire ou migratoire, il est très difficile de faire passer un tableau plus complet de l’enjeu de notre relation avec l’Afrique». D’où le «besoin», identifié par le Conseil présidentiel pour l’Afrique, d’une «prise de parole symétrique à celle du Burkina Faso, en France».

«Ce ne sera pas forcément un défilé de stars»

À la veille d’une «année 2020 très africaine en France» (via le «Sommet Afrique-France 2020» qui aura lieu à Bordeaux en juin prochain et «Africa 2020» qui se déroulera partout en France de juin à décembre prochain), Emmanuel Macron souhaite donc profiter de cette occasion pour «parler de l’Afrique par un prisme autre que le terrorisme au Sahel et l’enjeu migratoire». Le président entend donc mettre l’accent sur le «potentiel de la collaboration avec l’Afrique dans les domaines économique, culturel et universitaire», ainsi que «sportif». «Ce sont des enjeux clés dont on a du mal à parler», déplore-t-on à l’Élysée.

Pour ce faire, le chef de l’État a convié quelques «porte-voix» qui bénéficient d’un certain rayonnement médiatique. C’est le cas du Champion du monde «98» Lilian Thuram, de l’animatrice Hapsatou Sy, de l’artiste Abd al Malik, ou encore de la basketteuse Diandra Tchatchouang. Le footballeur Didier Drogba n’a quant à lui pas pu répondre favorablement à l’invitation pour des raisons d’agenda. «Ce ne sera pas forcément un défilé de stars», minimise toutefois un proche d’Emmanuel Macron, selon qui le président souhaitait donner une occasion de l’interpeller à des «personnes qui n’ont pas de surface médiatique antérieure à cet événement».

«Beaucoup de personnes se sont demandé si elles recevaient un spam»

Résultat, l’Élysée a été «attentif» ce que des «personnalités pas connues mais dont le profil est intéressant» soient conviées. C’est le cas d’Albert Malongo Ngimbi, un franco-congolais de 24 ans qui réside à Narbonne et qui vient d’être désigné meilleur sommelier de France par le Guide Michelin. Dans la salle des fêtes, jeudi, le jeune homme croisera également Moulaye Fanny, un pâtissier ivoirien de 27 ans, qui travaille à Paris et qui fait un carton sur Instagram. Enfin, ils retrouveront Youssouf Fofana, le jeune styliste qui a créé le label Maison Château Rouge, et Aïssata Diakité, créatrice franco-malienne de jus de fruit âgée de 30 ans.

«Voilà le genre d’histoires qui sont aujourd’hui un peu éparpillées (…) et que l’on aimerait pouvoir généraliser, amplifier, et surtout accompagner», avance-t-on à l’Élysée pour justifier le casting. Preuve de l’aspect inédit de l’initiative: «Beaucoup de personnes se sont demandé si elles recevaient un spam lorsqu’on les a invitées», assure un conseiller. «Si on peut contribuer à ce que d’autres visages émergent pour donner un autre message et une autre vision (de l’Afrique), alors ce sera déjà beaucoup», poursuit-on de même source, assurant vouloir «donner de la visibilité, de la reconnaissance et du temps de parole» à ceux qui n’en ont pas.

«Trois catégories» de personnes s’inscrivent dans la terminologie «diaspora»

Quelques ministres pourraient être eux aussi présents aux échanges jeudi après-midi, parmi lesquels la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, qui est franco-sénégalaise. «Si l’on veut qu’il y ait un “après” réunion, cela suppose que beaucoup d’acteurs ajustent leur positionnement. Et cela commence par les ministères», indique-t-on à l’Élysée… Où l’on anticipe déjà quelques critiques sur la manière dont ce rendez-vous sera perçu. «Pour l’instant, nous n’en avons pas eu», démine l’entourage d’Emmanuel Macron, qui «ne doute pas» que certaines attaques ne tarderont pas à venir.

Le terme de «diaspora» n’effraie toutefois pas le Palais, étant donné qu’il provient des «remontées du travail de terrain» du Conseil présidentiel pour l’Afrique, qui a organisé «plusieurs ateliers dans différentes régions». «Ce sujet de diaspora est un dénominateur commun revendiqué par les catégories de personnes» invitées, justifie-t-on, avant de lister «trois catégories» qui s’inscrivent dans cette terminologie. «Soit des gens qui ont la nationalité africaine mais qui vivent en France ; soit des gens qui sont des doubles nationaux ; soit des personnes uniquement françaises mais qui ont une ascendance africaine et qui se revendiquent de la diaspora».