Les arnaques du libido-business

Un médicament appelé “Fort Fort”, commercialisé depuis plusieurs mois, fait un tabac dans les rues africaines. Distribué par des vendeurs ambulants, le médicament se présente sous la forme d’un liquide de couleur ocre rouge, dans lequel baignent quelques écorces.

Ibrahim, vendeur âgé de 16 ans, attribue des vertus thérapeutiques et aphrodisiaques à son produit miracle. La mixture est supposée soigner le mal de ventre, les hépatites, la fatigue générale, l’insuffisance rénale, les problèmes d’érection, l’éjaculation précoce et les infections urinaires.

Pas de posologie

Chez Ibrahim, il n’y a pas de posologie. Le médicament se boit à volonté, selon les besoins et les envies des clients. L’âge des utilisateurs ne joue aucun rôle : il suffit de pouvoir l’acheter.

Les raisons dites de cette consommation sont diverses. Thierry Fouda Zé par exemple, “prend le médicament deux à trois fois par semaine pour rester en bonne forme”. Agent immobilier, l’homme de 40 ans explique avoir de longues journées de travail. Il boit ce médicament pour ses propriétés stimulantes, dit-il.

D’autres consommateurs, qui souhaitent garder l’anonymat, ont d’autres motivations. “Je le prends surtout le soir en rentrant du travail, car je veux stimuler mon désir sexuel. Ça marche environ une fois sur trois. Je ne suis pas très satisfait”, avoue un consommateur sur un ton frustré. Beaucoup d’autres utilisateurs reconnaissent ne pas trouver dans ces potions l’effet recherché, à savoir l’augmentation de leur libido.

En fait, la plupart des écorces utilisées pour la fabrication de ce médicament n’ont pas de vertus aphrodisiaques du tout, disent les scientifiques.

Composition douteuse

La composition du prétendu médicament varie selon le fabricant. Ibrahim, par exemple, dit utiliser des écorces d’arbres qu’il collecte dans les forêts camerounaises. Il s’agit du ginseng, du bois bandé, des écorces d’olivier sauvage et d’autres substances dont le commerçant souhaite garder le secret.

L’Herbier national, l’institution qui répertorie toutes les plantes qui poussent au Cameroun, certifie à propos des échantillons d’écorces fournies par Ibrahim qu’il s’agit d’une usurpation de noms.

Le ginseng est une plante d’Asie qui ne pousse pas au Cameroun, l’olivier non plus ne pousse que dans la Méditerranée. “Il est donc possible que ces commerçants utilisent des plantes sans vertus aphrodisiaques ni médicinales”, explique Michel Onana, qui dirige l’Herbier national.

Le directeur reconnaît cependant le bois bandé, connu sous le nom scientifique de pausinystalia ou corynanthe yohimbé et qui pousse dans les forêts du sud Cameroun. “L’érection arrive 30 minutes après l’ingestion du jus de cette écorce et elle peut durer de deux à plusieurs heures”, conclut-il. Faut-il encore que des traces du bois bandé se trouvent véritablement dans la potion magique.

Gagner sa vie

Face aux réserves émises par les scientifiques, Ibrahim le vendeur dit ne pas être un médecin. Il fait ce commerce uniquement pour gagner sa vie. La mesurette de “Fort Fort” se vend à 100 F CFA (0,15 €) et les recettes journalières d’Ibrahim tournent autour de 2000 F CFA (3 €).

Pour l’instant, les autorités  laissent prospérer le commerce de ce médicament. Et entre-temps, la peur de certains de débander continue à faire des heureux du côté des escrocs.

L’ Indicateur Renouveau 02/03/2011