La Question Foncière en Débats a l’Assemblée Nationale Mariko accuse, Kafougouna récuse

D’entrée de jeu, l’élu de l’opposition a interrogé le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales  sur la situation des centaines de personnes qui attendent depuis des années à être recasées au niveau du district de Bamako. Il s’agit entre autres de : des déguerpis de Lafiabougou-Koda et les futurs déguerpis de la bande des 140 m dans les environs de l’aéroport de Sénou, le morcellement des domaines des lépreux en commune IV  par le gouverneur du district, Ibrahim Féfé Koné et les agissements du gouverneur de Koulikoro, Soungalo Bouaré, qui aurait outrepassé ses prérogatives en vendant 60 hectares de terres. Il a été aussi question du non respect des décisions de justice par les maires (notamment en commune III)

L’honorable Oumar Mariko a aussi interpellé le ministre sur la lettre circulaire ayant pour objet “la levée de la mesure de suspension des attributions de parcelles de terrains du domaine privé immobilier de l’Etat ” dans laquelle le ministre souligne qu’ ” il m’est revenu que des attributions de terrains ont été effectuées pendant la période de suspension en dépit de mes instructions… “, dans la mesure où cela lui paraissait être une indiscipline de ces maires qui n’ont pas respecté les injonctions du ministre et que cela était synonyme de deux poids deux mesures en République du Mali.

Dans sa réponse, le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, le général Kafougouna Koné, a révélé qu’il a trouvé à son arrivée 8295 citoyens à Bamako qui avaient leurs lettres d’attribution, mais n’avaient pas de terres. « C’est pourquoi, le gouvernement a demandé à Kati d’octroyer des terres de recasement au district. Ce qui fut fait et la majeure partie de ces déguerpis ont pu être recasés », a rassuré le général.

Par rapport à l’affaire de Lafiabougou-Koda, le ministre a expliqué que l’ensemble des déguerpis de ce quartier devrait être recasés à Kalabambougou, mais certains ont préféré rester au bord du marigot. Et l’Etat a donc pris des mesures idoines pour  la sécurité de ces habitants. Quant à la bande de 140 m évoquée par l’honorable Mariko, Kafougouna Koné a justifié la décision du gouvernement par le projet d’embellissement de la ville de Bamako par la construction d’un building sur ce site qui jouxte l’aéroport de Senou pour que Bamako soit à l’image des autres capitales du monde. Il a regretté que les personnes touchées par ce projet, qui ont chacun bénéficié de compensation, aient préféré vendre leurs nouvelles parcelles et continuent d’occuper le site.

Quant aux accusations de morcellement des espaces verts, le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales qui dit avoir eu connaissance des cas en commune I et VI d’ailleurs déjà gérés, invite à l’aménagement desdits espaces puisque « la nature ayant horreur du vide, il va de soit qu’ils soient utilisés pour d’autres fins ».

Concernant le domaine affecté aux malades de la lèpre à eux par le président de la République, le ministre Kafougouna Koné rejette les accusations de spéculations portées contre le gouverneur du district de Bamako et évoque plutôt une mésentente entre ces mêmes malades de la lèpre car un certain Diakité voudrait seul s’accaparer du domaine. Le ministre a rajouté que l’inspecteur envoyé sur les lieux, s’est buté à une opposition ferme du fameux Diakité.

S’agissant du refus des maires d’exécuter les décisions de justice et du cas de la commune III, le ministre a rappelé que « la justice a condamné le maire au payement de 105 millions de francs CFA à des gens de sa commune, mais que le maire a fait appel et que la justice n’a pas encore définitivement tranché ». Il a annoncé par sa sulfureuse lettre circulaire que des enquêtes sont en cours pour épingler les maires qui ont effectivement outrepassé les injonctions ministérielles en vendant les parcelles au moment de la suspension de la donation des terres. Et que les coupables seront sanctionnés. « Il ne peut pas avoir deux poids, deux mesures », tranche le général Kafougouna. Quant à l’accusation selon laquelle le gouverneur de Koulikoro s’est permis de vendre 60 hectares de terre, Kafougouna dit n’avoir pas connaissance de ce dossier tout en rappelant que les textes en vigueur n’autorisent pas le gouverneur à vendre plus de 5 hectares.

Enfin, le général a réfuté les accusations d’Oumar Mariko d’une complaisance et d’une complicité des autorités vis-à-vis des spéculateurs fonciers.  « Je ne suis pas complaisant et Mariko lui-même sait qu’il ne peut aucunement être concerné par une complicité », a-t-il conclu avant d’inviter son interpellateur à « continuer les débats » à son bureau au ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales.

Abdoulaye Diakité

L’ Indicateur Renouveau 03/12/2010