GESTION DES DONS A L’ARMEE Au nom de l’exigence de transparence


En effet, une fois passé l’effet de surprise et l’étonnement, l’analyse desdits propos suscite beaucoup d’amertume et une vague d’indignation chez les Maliens qui s’expriment sur le sujet dans les grins et autres réseaux sociaux sur Internet. Quoi de plus normal, lorsqu’on sait que chaque centime offert, si infime soit-il, est le produit d’un grand sacrifice consenti par le donateur.

L’élan de solidarité extraordinaire sans précédent exprimé par la communauté internationale et l’ensemble de la société malienne envers notre pays à la faveur de cette crise, recommande que toute la lumière soit faite sur la gestion de l’intégralité des fonds et dons collectés jusqu’ici par les différents acteurs impliqués. Il y va de la crédibilité de l’Etat malien et de l’honneur de tous les citoyens maliens.

Depuis le déclenchement de la crise sécuritaire et institutionnelle en janvier 2012 jusqu’à ce jour, l’Etat malien et la société civile dans ses différentes composantes, ont pris de nombreuses initiatives visant à venir en aide et aux populations déplacées du Nord de notre pays, mais aussi et surtout pour soutenir les forces armées de défense et de sécurité.

Il revient à ces dernières la dure mission de libérer les zones sous occupation des terroristes et autres jihadistes, de rétablir l’intégrité du territoire national, d’en assurer la défense, la stabilisation et la sécurité en tout temps et en tout lieu. Une multitude d’acteurs se sont levés qui pour soutenir les déplacés du Nord. Qui pour apporter aide et appui en nature et numéraires aux victimes, entre autres.

Qu’en a-t-il été de la gestion effective de toutes ses donations et autres gestes humanitaires reçus par l’Etat, les ONG et autres structures impliquées dans ce processus ?

La question est d’autant plus importante, qu’il y a quelques jours le procureur général près la Cour d’appel, Daniel Amagoin Téssougué, de retour d’une mission à Mopti, Sévaré et Gao faisait état de son indignation face au “dénuement total” qui lui a été donné de constater chez les forces armées et de sécurité sur le théâtre des opérations.

Des conditions de vie qu’il trouve injustifiables et honteuses, étant donné que des assurances sont régulièrement données par le gouvernement par rapport à l’amélioration sensible des conditions de vie et d’équipements des troupes en général et des soldats déployés sur le front en particulier.

Ces déclarations, pour le moins renversantes, émanant de la bouche même du procureur général Daniel A. Tessougué, un homme à la réputation incontestablement établie dans l’opinion nationale, méritent d’être prises très au sérieux et de bénéficier de l’attention nécessaire des plus hautes autorités.

Au-delà de la simple dénonciation et de l’indignation légitime suscitée, il y a lieu que des mesures diligentes soient prises pour faire un audit exhaustif de l’ensemble des fonds et autres donations effectuées dans ce sens. Cet audit devra systématiquement concerner toutes les structures (étatiques et privées) ayant exercé une quelconque activité dans la collecte, la distribution, l’acheminement, bref la gestion globale des ressources reçues à la faveur de cette crise.

Il y va de l’honneur, de la crédibilité et de l’image de notre pays auprès de ses partenaires et de l’opinion nationale et internationale. Les résultats de l’audit ainsi diligenté seront largement diffusés afin de garantir les exigences de transparence qu’une telle démarche recommande. En cas de défaillance, d’indélicatesse ou de manquements aux principes moraux et légaux édictés en la matière, les sanctions doivent être exemplaires, dissuasives et à la mesure de la faute. Car, ce sera faire preuve de haute trahison à l’encontre de toute la nation dans les pires moments de son existence.

Le domaine de l’action humanitaire a tendance à devenir une sorte de fourre-tout en ces temps qui courent. Mais, la gestion de ce que notre pays reçoit de la part de contribuables volontaires en cette période particulièrement tumultueuse de son histoire, ne doit souffrir d’aucune tâche quelconque.

Au besoin, le procureur de la République doit s’autosaisir à l’effet de rassurer le peuple et l’ensemble des partenaires techniques et financiers du Mali quant à la bonne utilisation des contributions reçues.

Bréhima Sidibé

L’ Indicateur Du Renouveau 2013-02-21 02:46:04