Fallait-il ou non partir à Ouaga ?


 

Les tenants de l’autre camp, regroupé au sein du FDR, estiment que du fait de la rupture de la confiance républicaine et de l’exacerbation d’une crise majeure qui a vu les Maliens s’affronter politiquement, militairement, y compris dans la rue, il aurait fallu accepter les déplacements de Ouaga,  même si la chose écorchait leur fierté. Aller en de terres plus apaisées, en terrain neutre, pour se parler. Car avant Ouga 1 aucun dialogue entre les protagonistes n’a pu être  possible. Il a fallu se rendre dans la capitale Burkinabè le 14 avril dernier  pour s’entendre ne serait- ce que sur  les désaccords et tenter de renouer les fils d’un dialogue dangereusement rompu. Du reste, c’est bien à la suite d’une telle réunion que le débat  Tapo-Amion Guindo sur Africable a pu se faire, signe annonciateur d’un début d’échange. C’est bien à la suite  de cette réunion que la COPAM a signé le 11 juin passé avec le FDR une déclaration commune où ils mutualisaient leurs opinions  partagées sur la crise en cours.

Ceux qui étaient Faso à l’appel du groupe de contact de la Cedeao ne sont pas avares de justifications, lesquelles, quoiqu’on dise, ne sont pas dénuées de fondement. Aussi font –ils remarquer que l’Accord Cadre qui fonde la légitimité  du premier ministre et de son gouvernement est d’inspiration Cedeao/médiation et a pris forme à Ouagadougou. Du coup les réglages devenues nécessaires pour son bon fonctionnement pourraient se discuter par ce même canal. D’ailleurs Ouaga 2 aurait pu être évitée, dans les termes que l’on connait, si le PM Cheikh Modibo Diarra s’était conformé à cette disposition essentielle de l’Accord cadre  qui appelait à la mise en place d’un gouvernement d’Union Nationale. Aujourd’hui on serait en train de discuter d’autre chose, des problèmes, en lieu et place de  la machine commise pour les résoudre.

Cette même frange, importante du fait de sa représentativité et de la légitimité sur laquelle elle est adossée , pense que le moment est venu de traduire dans les actes le slogan selon lequel rien n’est au dessus du Mali et qu’ aucun sacrifice n’est de trop pour sa paix , sa cohésion et sa grandeur. Et pour cette raison, même s’il fallait les quêter, à pied, «  en Mongolie », elle y irait quand même. Et tant pis pour l’Ego qui aura pris un coup.

Et d’ajouter que même si les chefs d’Etat de la Cedeao et le Médiateur désigné voulaient venir à Bamako pour asseoir le débat, la chose aurait difficile tant que les indispensables  gages de leur sécurité n’auraient pas été fournis. On se souvient qu’une première tentative avait été initiée et a dû renoncer du fait des menaces, avérées ou pas, d’insécurité à l’aéroport de Bamako Sénou. Il est tout aussi frais dans les esprits que l’agression de Dioncounda Traoré, président de la République, a pu avoir lieu et n’a pas pu être  empêchée, malgré la présence au pays du Premier ministre. Dans ses conditions comment convaincre de la pacification de l’espace pour des débats difficiles. Personne, aucun pays ne se plierait de bon cœur à aller débattre de sa survie hors de chez lui, mais le réalisme commande que l’on gère les crises, au-delà de l’émotion, avec des moyens de crises et non comme si l’on était dans une situation de normalité. Ce d’autant plus qu’appartenant à un espace dont nous avons ratifié toutes les lois et conventions, il serait inapproprié de le considérer comme hostile.

Au total, au delà de la forme et du refus de l’effritement de l’orgueil national, chacun à sa façon, manifeste son amour et son attachement au pays.

Les chefs d’Etat de la Cedeao, quant à eux,   iront jusqu’au bout  de leur logique pour ne pas créer une jurisprudence malienne. Qu’il s’agisse de la crise institutionnelle, la crise du Sud comme disent certains, ou de la crise du Nord, rendue plus compliquée et complexe par l’immixtion d’Aqmi et  de ses sous traitants. Ils jouent dans la question malienne leur survie et la sauvegarde de leur propre pays et pour cela seront peu regardant des aspects formels.

Car il s’agit bien de cela. Le Mali est en crise et l’effort premier à faire  le sera par les Maliens eux-mêmes ; tout comme il reste entendu que Cheickh Modibo dont  la mise en place du gouvernement a été critiquée à la fois par la COPAM et par le FDR, n’aurait pu continuer à naviguer tout seul, dans des termes et actes dommageables pour la démocratie. Il dirige un gouvernement de transition qui, pour ce faire, ne saurait, par essence, s’accommoder d’opposition. Et s’il veut rester au poste, il se devra de faire que l’outil de travail, le gouvernement, ne soit pas une part essentielle du travail. Car le Nord meurtri lui n’attend pas, Car le Mali tout entier n’a pas le temps d’attendre.

S. El Moctar Kounta

Le Republicain