Cinquantenaire : les chameaux mènent la course à Tarkint


Le 30 septembre, le pays se donna rendez-vous dans le cercle de Kangaba pour La Journée de Kurukanfuga afin de célébrer la charte historique du même nom. Un mois plus tard, Mopti abritait le Grand prix de la Nation en course de pirogues.  Le prochain grand rendez-vous national sera la Biennale artistique et culturelle qui s’ouvre samedi à Sikasso. En attendant, mardi une autre grande manifestation du Cinquantenaire avait pour cadre Tarkint, une localité située à 150 km de la ville de Gao. La course de chameaux a transformé pendant des heures, la petite localité en véritable centre d’attraction. L’événement était placé sous la présidence du chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré. Il a mobilisé les populations des trois régions du Nord (Kidal, Tombouctou, Gao). Une délégation composée de nos compatriotes vivant en Algérie y a participé.

DES ACTIONS DE DEVELOPPEMENT EN CHANTIER. De nombreuses personnalités dont le président de la Commission nationale d’organisation du Cinquantenaire, Oumar Hamadoun Dicko, les autorités administratives et politiques de Gao étaient sur place. Tarkint est  le chef-lieu de la commune du même nom. Dans la zone, comme ailleurs dans le désert, les écarts de température sont énormes : de 10  à 48°C. La commune rurale de Tarkint couvre une superficie de 22 000 km 2  et compte 52 000 habitants. La population est composée de Tamasheqs, Arabes, Peuls et Bambaras qui cohabitent dans l’entente. Elle forme actuellement 28 fractions, mais d’autres de ces entités sont en cours de création  grâce aux actions de développement en chantier dans la zone.

Parmi ces actions, le maire de la commune, Baba Ould Cheick, a cité le futur barrage de Taoussa qui constitue le grand motif d’espoir de la population et la réalisation très prochaine de la route Gao-Bourem. La population, assure-t-il, a repris confiance et s’implique de plus en plus  dans le développement local.

C’est au environ de midi que la délégation présidentielle fit son entrée à Tarkint. Il se rapporte que Amadou Toumani Touré est le deuxième président de la République depuis l’indépendance, à fouler le sol de la localité, après le président Modibo Keïta en 1960. Pour la circonstance, la population avait donc mis les petits plats dans les grands. Plus d’un millier de chameaux ont été mobilisés pour accueillir le chef de l’Etat. Il s’agissait sans doute de la plus grande concentration de chameaux jamais observée dans la zone.

Baba Ould Cheick  a remercié les autorités d’avoir choisi sa commune pour abriter cette course qui est aussi une façon de fêter et magnifier le chameau, un animal mythique du désert qui a joué un rôle historique dans la communication et dans le désenclavement. Le maire a expliqué que l’animal a servi de trait d’union entre de Sahel et Sahara. Le chameau fait partie de la vie du nomade et sert de transport des personnes et des biens. Il se caractérise par son endurance, sa force, et sa résistance. Sa viande est comestible et sa peau utilisée dans l’artisanat, un secteur d’activité qui occupe de nombreux jeunes. L’édile a souhaité l’institutionnalisation de la course des chameaux.

Celle-ci a mis en compétition plusieurs centaines de camélidés repartis en trois groupes : les petits, les demi cracks et les cracks. Les premiers ont couru sur une distance de 8 km, les seconds sur 10 km et les derniers sur 12 km. Les trois premiers de chaque catégorie ont été primés.
Au niveau des petits chameaux, le premier prix a été enlevé le jockey Aly Ag Hanana, suivi par Mohamed Ould Hamada et Oufen Ag Ikline. Le premier a reçu une enveloppe de 170 000 Fcfa et une autre de 300 000 Fcfa offerte par de président de la République. Au deuxième qui a reçu 150 000 Fcfa, le chef de l’Etat a offert 200 000 Fcfa. Quant au troisième qui a reçu 100 000 Fcfa, il a eu droit à un bonus de 150 000 Fcfa du président de la République.

Chez les demi-cracks, le premier prix est revenu à Almouda Ould Hamadine, le second à Nazim Ould Mohamed Lamine et le troisième à Abdy Ag Hanaye. Ils ont reçus respectivement 150 000, 170 000 et 200 000 Fcfa. Les enveloppes offertes par le président de la République aux trois se chiffrent respectivement à 300 000, 250 000 et 200 000 Fcfa.

Enfin chez les cracks, les trois prix étaient dotés d’un million, de 500 000 et de 300 000 Fcfa. Ils  ont été enlevés respectivement par Hanni Ould Abidy, Sheli Ould Hanana, et Salim Ag Habidine. Les trois jockeys ont reçu du chef de l’Etat, des enveloppes équivalant au montant dont étaient dotés leurs prix respectifs. C’est-à-dire un million, 500 000 et 300 000 Fcfa.

ENDURANCE, BRAVOURE ET COURAGE. Le président Amadou Toumani Touré a expliqué la symbolique de cet événement organisé dans la mouvance des festivités Cinquantenaire. L’esprit qui a prévalu à l’initiative est la nécessité de décentraliser la fête à travers tout le pays, de magnifier nos traditions et de rendre hommage aux hommes du désert qui cultivent en eux, les valeurs d’endurance, de bravoure, de courage, de résistance et de fidélité. Les hommes du désert partagent ces valeurs avec leur compagnon incontournable : le chameau.
Le chef de l’Etat a indiqué que d’autres course de chameaux sont prévues à Tombouctou et Kidal. La célébration du Cinquantenaire, a-t-il poursuivi, doit favoriser un éveil de conscience et susciter un esprit de patriotisme chez les jeunes.

Ce grand événement organisé dans le Nord-Mali, a été l’occasion pour le président de la République de revenir sur la situation sécuritaire dans l’espace sahélo-saharien. Il a de nouveau insisté sur la nécessaire coopération entre tous les pays pour vaincre l’insécurité dans cet espace en proie à des fléaux  comme le terrorisme, le trafic de drogue et autres activités illicites. Notre pays est engagé à mener des actions réfléchies et coordonnées. Mais les actions militaires ne serviront pas à grand’ chose si le développement local ne suit pas. Notre pays qui l’a vite compris  a engagé un programme d’urgence en faveur des régions du Nord. Amadou Toumani Touré a précisé que la mise en œuvre de ce programme  prévoit entre autres, la réalisation des routes Tombouctou-Bourem et Gao-Anefis-Kidal.

Le chef de l’Etat a dénoncé la campagne de désinformation dont est victime notre pays et ses conséquences sur le tourisme dans les régions du nord. Toujours au même chapitre, il a insisté sur le rôle de la jeunesse dans le développement. « Lorsque les jeunes n’ont pas de travail et qu’on leur propose des activités illicites qui leur rapporte beaucoup, ils font vite le choix».

Avant de présider la cérémonie de course des chameaux,  le chef de l’Etat a procédé à Almoustarat à la pose de la première pierre des travaux  d’extension du réseau de téléphonie mobile Malitel dans cette localité. Au total, la société compte investir 50 milliards de Fcfa dans les régions du nord courant 2011.

Envoyés spéciaux
Be COULIBALY et
O. DIOP

 

Journal l’Essor du jeudi 16 décembre 2010