MINES   Comment les multinationales s’enrichissent aux dépens du Mali

L’une des missions de la transition ou du prochain président du Mali doit être de prendre le taureau par les cornes pour modifier le Code minier et réviser tous les contrats dont la moralité est plus que douteuse aujourd’hui si l’on se réfère aux différents rapports du Bureau du vérificateur général (BVG). Sinon, avec les textes et les contrats actuels, l’or ne brillera jamais pour le Mali même si ses cours atteints tous les sommets pendant des décennies.

 

L’or a commencé cette année 2020 dans la fourchette de cours de 1570 à 1600 dollars par once avec une conversion de 1400 à 1430 euro l’once soit un cours kilo entre 45000 et 46000 euro par kilo d’or. Le précieux métal est remonté à des sommets à partir de 2016 avec l’effet du Brexit et de l’élection de Donald Trump avec une hausse atteignant parfois 25 %. De nos jours, le métal est toujours en hausse de plus de 12 % ou 120 dollars l’once par rapport au cours de janvier 2016. Pour des économistes, «c’est l’une des meilleures années de hausse du cours de l’or  depuis les années 1980 où le prix de l’or a dépassé virtuellement les 2 000 dollars l’once (2000 dollars avec ajustement de l’inflation car le cours réel était alors de 800-900 dollars l’once)».

Cela a suscité de nouveaux investissements dans le secteur minier avec un nouveau rapport prévoyant une croissance régulière de la production aurifère jusqu’en 2020. On comprend alors aisément pourquoi «Mali Lithium» veut lever 70 millions de dollars australiens (38 713 724 000 F Cfa) pour conclure l’achat de la mine d’or de Morila et lancer les travaux nécessaires à l’entrée en production de l’actif. Et que, au même moment, Marvel Gold cherche à élargir son empreinte aurifère dans notre pays avec l’acquisition du permis d’exploration Sakaar. A cause des envolées des cours, le Mali continue d’être un Eldorado minier pour les multinationales alors que le métal jaune ne brille que pour très peu de Maliens.

Dans un nouveau rapport, BMI Research (une division de l’agence de notation Fitch) prédit  que les entreprises minières auront une croissance de production de 10 millions d’onces d’or (ou de 280 tonnes) qui s’ajouteront à la production mondiale avec une croissance annuelle moyenne de 2,7 % pour un total de 110 millions d’onces ou 3 118 tonnes de production annuelle d’ici la fin de cette année 2020. Le hic c’est que le Mali ne tire presque rien de cette embellie. Les chiffres annoncés comme contribution à l’économie nationale ne sont que la poudre aux yeux. Ainsi, en 2019, l’industrie minière aurait contribué à l’économie nationale à hauteur de 400 milliards de F Cfa. Pour quel impact ? Ces chiffres sont révoltants par rapport aux énormes potentialités  et surtout à la marge bénéficiaire des sociétés d’exploitation. Celles-ci s’enrichissent sur le dos des Maliens, du Trésor public et même de leurs propres employés nationaux.

 

Sortir de système d’actionnariat pour tirer le maximum de profits de nos mines

A Syama par exemple, bien que ne représentant que14 % de l’effectif total, les expatriés bénéficient par exemple des 53 % de la masse salariale annuelle de la société. Ainsi, en moyenne, un expatrié a un salaire moyen qui vaut plus de 7 fois le salaire moyen d’un cadre supérieur malien de la même boite. Qu’est-ce qui peut justifier un tel écart si ce n’est l’injustice ?

Pis, le système d’exploitation de nos mines est scandaleux parce que ce sont les sociétés exploitantes qui fixent leurs règles. Ainsi, à propos de Syama, le BVG a mis en lumière des pratiques qui privent le pays de dividendes jusqu’au moment du déclin de la productivité de ladite société. Sans compter les pratiques frauduleuses sur les révoltantes exonérations accordées aux mêmes sociétés pour mieux abuser de nos richesses.

Comme l’a si bien recommandé le BVG, il est souhaitable que notre pays sorte du système d’actionnariat pour lier sa part à un pourcentage du chiffre d’affaires réalisé. Ainsi, au lieu d’attendre des dividendes distribuables, il sera automatiquement versé à l’Etat un taux du chiffre d’affaires réalisé à hauteur de sa part actionnariale dans cette société.

Mieux, il faut revoir notre code minier ainsi que les contrats dans le domaine à lumière des expériences de certains pays comme l’Afrique du Sud, le Ghana… Et pourquoi ne pas s’inspirer de l’expérience tirée de la gestion de la première mine du pays (SOGEMORK-Kalana) en tirant tous les enseignements ? Si nous voulons que nos richesses contribuent réellement et efficacement à réduire notre dépendance financière (donc politique et économique) de l’extérieur, c’est le moment plus que jamais de rabattre toutes les cartes et de les redistribuer sans complexe et sans complaisance aucune.

Les richesses du pays lui appartiennent et il n’y a aucune urgence qui puisse justifier leur bradage. Et pourtant depuis les années 80 nos gouvernements se comportent comme si nous sommes redevables à ces multinationales, comme si elles nous faisaient grâce à en pillant nos ressources et nos richesses. Ce que nous n’avons jamais compris, c’est que nos gouvernements accordent des exo à des compagnies qui s’enrichissent à partir de notre sous-sol. Cela dépasse la seule volonté de créer environnement attractif pour les investisseurs.

Aujourd’hui,  ces compagnies ont plus besoin de nos richesses que nous. Il faut alors profiter pour créer la concurrence. Celles qui sont réellement intéressées vont mettre le prix. A défaut, elles peuvent aller toutes voir ailleurs sans grand préjudice pour notre pays si nous savons mettre aussi en valeur nos immenses potentialités agro-pastorales.

Pour paraphraser ce vieux paysan sénoufo du marché de Sikasso (répondant à une cliente qui a trop insisté à son goût pour obtenir une réduction sur le prix de ses ignames), notre sous-sol et ses richesses sont là et «nous ne leur donnons pas à manger». Si les compagnies sont intéressées, elles doivent le faire dans l’esprit d’un partenariat mutuellement avantageux.

Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

Moussa Bolly