Le Lieutenant-colonel Seydou Moussa Diallo en grève de la faim / Parcours d’un combattant

 

Sera-t-il entendu ? Il ne fera rien pour attendre, et entame une grève de la faim pour exprimer sa détermination et surtout pour dire, qu’il ne restera point à ne rien faire, pendant que la mère patrie, notre cher Mali sombre sous occupation. Au Chef suprême des Armées « Je vous écris cette lettre ouverte aujourd’hui, Monsieur le président, parce que, comme tous les soldats maliens qui ont encore une conscience, ma dignité a été violée, mon honneur amputé, ma liberté empiétée, ma fierté écorchée. Je porte aujourd’hui Monsieur le président, le fardeau de l’affront, de l’humiliation et de la honte », assène le Colonel Seydou Moussa Diallo. Un exemple de bravoure ! Selon lui, cet acte qu’il pose devant le destin et l’histoire, n’est ni une incitation à la révolte, ni un appel à la violence.

Il est indigné et révolté. « Mon pays est agressé et occupé dans ses deux tiers par des bandits armés, des barbares apatrides et autres mécréants qui, au nom d’un islam mal assimilé, sèment la terreur dans le septentrion du Mali ». Ces braves et innocentes populations martyrisées, violées, séquestrées, engrangées, sont réduites au silence, réduites à la plus petite expression de leur existence. Devant cette tragédie humaine inqualifiable, Monsieur le président, le silence m’étouffe, crache ce militaire écrivain. Une bravoure non usurpée « Lieutenant-colonel de mon Etat, officier supérieur de l’armée de la République du Mali, para commando de formation, j’ai été blessé lors de ce même conflit latent et récurrent en 1994, précisément, le 5 octobre, à Temeira, entre Bourem et Tombouctou, à bord du bateau « Général Soumaré » ; j’étais alors jeune Lieutenant et vous, Monsieur le président, ministre de la défense. Aujourd’hui, je refuse de capituler devant ce diktat et cet affront.

Je dénonce l’inaction et l’immobilisme des uns et des autres, la peur de l’ennemi et le manque de volonté réelle de combattre cet ennemi avec les moyens disponibles. Un adage bambara dit, je cite : « quand un serpent sort de son trou pour vous mordre, vous l’écrasez avec le bâton disponible », selon l’officier dans sa lettre adressée au Président de la République, chef suprême des Armées, conscient qu’il est que les Maliens vivent aujourd’hui dans l’indignation et la crainte d’un lendemain incertain, ce lendemain déjà hypothéqué. Selon l’officier, depuis le début de ce conflit, l’armée malienne est restée dans une léthargie totale, ballotée entre la peur et le ridicule. Elle est aujourd’hui au bord de l’implosion, minée par de graves dissensions internes, de querelles intestines insensées, de conflits fratricides incompréhensibles, gangrénée par une profonde crise de confiance et de commandement.

Il est certain qu’aucune armée ne peut gagner la guerre dans la division, la suspicion et l’indiscipline des hommes. « Il apparait aujourd’hui indispensable que l’armée malienne se réconcilie avec elle-même dans un élan de sursaut national, afin d’aller à la reconquête des territoires perdus, unie et solidaire. Il lui faut aujourd’hui engager le combat avec les moyens disponibles et attaquer l’ennemi sans délai et sans attendre les soldats de la CEDEAO. Ne nous berçons pas d’illusions. L’ennemi, chaque jour, consolide ses positions et renforce ses capacités de combat.

Il pose, chaque jour, des actes de défiance à l’Etat, viole, ampute, et tue, pendant que nous perdons notre temps dans des débats stériles interminables et honteux, débats qui se focalisent sur le manque de matériels et une éventuelle intervention de soldats étrangers », déplore l’officier malien. « Attaquons, les soldats de la CEDEAO nous trouveront sur le terrain » La communauté internationale tergiverse à prendre une décision courageuse. Certains de nos grands voisins jouent à l’hypocrisie, d’autres, prétendent s’en tenir au principe de la neutralité.

Pendant ce temps, le Mali se consume et se meurt à petits feux. Engageons le combat avec les moyens disponibles et attaquons. Les soldats de la CEDEAO nous trouveront sur le terrain, estime le Lieutenant-colonel Seydou Moussa Diallo. « L’armée malienne, après sa défaite, a opéré un repli stratégique sur le terrain, certes, mais l’armée malienne a cessé le combat ; elle a rangé le matériel et attend aujourd’hui un miracle qui ne se produit toujours pas. En terme clair, opérer un repli stratégique sur le terrain après une défaite militaire ne doit jamais signifier cesser le combat », selon l’officier.

« Je suis prêt à mourir pour le Mali, dans une civière, s’il le faut, pour débarrasser définitivement et complètement mon pays de cette vermine. Donnez-moi Monsieur le président, un char, un B.T.R, un B.R.D.M.2 et un commando de 90 hommes équipés en grenades, lance-roquettes et fusils d’assaut ; donnez-moi ces moyens, Monsieur le président, et je vous donnerai 24 heures pour libérer Douentza et marcher sur Gao. Je jure sur ma lignée peuhle et sur mon honneur de soldat qu’il en sera ainsi, ou l’ennemi marchera sur mon corps », a promis le parachutiste. Il a invité tous les patriotes maliens, civils et militaires, convaincus et engagés, à observer une journée de jeun le lundi 5 novembre 2012 par solidarité avec nos compatriotes du nord, pour partager une journée de souffrance et de douleur avec eux.

Pour sa part, il a décidé, à compter de lundi 29 octobre 2012, d’entamer une grève de la faim illimitée: « soit l’armée se décide d’engager le combat et d’attaquer avec les moyens disponibles, sans délai et sans attendre les soldats de la CEDEAO, soit on me donne les moyens d’engager le combat tout seul et d’attaquer l’ennemi, ou je meurs sur mon lit », tranche le soldat. Interpellation du gouvernement malien La lettre de cet officier parachutiste est une forte interpellation du gouvernement malien, du Président de la République par intérim et de la Communauté internationale. Le Lt-Colonel Seydou Moussa Diallo, Bally pour les familiers, est à son huitième jour de grève de la faim qu’il a entamé le 29 Octobre. « Il se trouve aujourd’hui très affaibli car depuis le lundi 29 octobre, il refuse de s’alimenter.

La supplication des parents et des amis n’entame en rien sa farouche détermination. Deux motifs justifient sa décision :

1/ La régularisation de la situation administrative de la compagnie parachutiste, donc ” la réconciliation de l’armée malienne avec elle-même “.

2/L’engagement du combat contre les bandits du Nord », selon le témoignage de Lassana Namaké Keita (Bamako, Mali) intervenant dans un forum de discussion, le 3 novembre. C’est en âme et conscience que l’homme s’est engagé dans cette voie suicidaire, poursuit-il. Son domicile de Sébénikoro en commune 4 à Bamako ne désemplit pas. Les parents, amis, sympathisants, collaborateurs, alliés, admirateurs, députés et responsables de l’État s’y croisent sans cesse.

Mais jusque là, les autorités de la République restent sourdes et muettes face aux doléances de ce brave officier. Qui est Seydou Moussa Diallo qui a suscité la compassion et forcé l’admiration d’éminentes personnalités de la première République dont le Docteur Seydou Badian ? Et dont les doléances constituent donc un test pour les autorités de la transition malienne ; jusqu’où sont-elles respectueuses des droits de l’homme. « La situation est très inquiétante car le lieutenant-colonel Seydou Moussa Diallo a presque perdu la voix », selon des personnes qui lui ont rendu visite. Le Parcours Le lieutenant-colonel Seydou Moussa Diallo est né dans les années 1960 à Dioubéba, village situé sur la voie ferrée, à 45 km de Bafoulabé et une centaine de km de Kayes. Son père, Imam très respecté est connu pour son érudition, son austérité et sa droiture. Il fréquente les écoles fondamentales de Bafoulabé et de Sévaré où il décroche brillamment son diplôme d’études fondamentales(DEF).

Il entame ses études secondaires au lycée de Sévaré et les achève au Lycée Dougoukolo Konaré de Kayes avec l’obtention du Baccalauréat. Il entre à l’ENA (Ecole Nationale d’Administration) en octobre 1983 mais il interrompt ses études et s’engage dans l’armée nationale où il opte pour la compagnie parachutiste de Djicoroni à Bamako. Après le 26 Mars 1991 il effectue des études militaires en France et termine Major de sa promotion. De retour, il est affecté à l’inspection des armées. Au cours d’une mission le 5 octobre sur Gao, il est blessé pendant l’attaque rebelle du Bateau GENERAL SOUMARE.

Il traîne longtemps à l’hôpital militaire de Kati et doit son évacuation sur l’Algérie à Sambi Touré qui a alerté les autorités et l’opinion sur son sort. Il fait un passage au Prytanée militaire de Kati et il met à jour des écrits entamés depuis le lycée. Il publie “DEVANT LE DESTIN ET L’HISTOIRE “, un roman en 2005 et ” LE TRIOMPHE DE LA VERITE “, un recueil de poèmes en 2006, aux éditions Jamana. Un malien sincère Les titres de ces livres sont assez révélateurs et énigmatiques. Selon des témoignages recueillis autour de l’homme, le Lieutenant-colonel Seydou Moussa Diallo est un Malien sincère qui n’aspire qu’au bonheur du Mali. Sa grève de la faim est un cri de cœur et de paix.

Il a choisi la non-violence pour découdre avec la douloureuse crise qui secoue le Mali. La voix de ce brillant officier mérite d’être rapidement secourue contre l’étouffement. La magnanimité de ceux qui président aux destins du pays est elle à hauteur de redonner espoir à ce digne officier ? Il n’y a pas que les autorités, cependant l’officier en appelle à « la solidarité de tous les Maliens pour l’accompagner dans son action la seule journée du LUNDI 5 Novembre », selon Lassana Namaké Keita, dans son témoignage. La lettre de Seydou Moussa Diallo met l’armée et le gouvernement dans l’embarras. Nos efforts avant d’écrire cet article ne nous ont pas permis de le rencontrer.

B. Daou

Le Républicain Mali 06/11/2012