La bataille de la communication

Les difficultés politico-économiques, inhérentes aux contextes de morosité de l’économie mondiale, ont exacerbé les revendications identitaires non pas seulement au Mali (Centrafrique, Soudan…) mais dans bien des contrées du monde. Le Mali est en butte à de sérieux problèmes structurels, résultant de plus de 20 ans d’incurie de ses politiques. Nous en sommes conscients. Nous sommes aussi conscients des défis et des challenges qui nous attendent. Ce n’est pas parce que les revendications nationalistes d’une frange de la population frustrée du Nord du pays se sont greffées aux donnes de départ que nous allons abdiquer. Non, monsieur Placca, ce peuple n’est pas cancre !

Nous n’abdiquerons pas. Cette période brumeuse n’est qu’une parenthèse douloureuse du déploiement de notre histoire. Rouvrez-vos livres d’histoire, ils vous révéleront les heures de gloire, de bravoure, de richesse ostensible de notre nation. La vaillance de nos cœurs, pour un mali UN ET INDIVISIBLE nous apportera de la luminosité. La raison finira par prévaloir. Les Maliens, avec joie, dans une espèce de stoïcisme affronteront les tempêtes, les avaries de l’heure, bien sûr dans la douleur.

Après l’orage, l’arc-en-ciel apparaîtra. Nous rebâtirons ce pays où ne fleurira que l’amour. C’est notre GAGE. Ce n’est pas que le Mali ait failli à apporter la solution miracle à son problème qu’il faut l’envoyer au purgatoire. Au lieu de nous jeter l’opprobre, il aurait dû faire preuve de magnanimité intellectuelle en nous livrant, dans son éditorial, des idées saines et lumineuses qui auraient le mérite de délivrer ce beau pays de l’enfer créé par certains de ses fils. Monsieur Placca, ce n’est pas une nouveauté que de voir une guerre identitaire, ou une revendication autonomiste détruire les fondements d’une nation démocratique. L’histoire aurait-elle oublié que les troupes paolistes ont mis en déroute l’armée française à Borgo ?

C’est sept mois plus tard que les troupes de Pascal Paoli perdent la bataille de Ponte Novu qui acheva de les mettre sous la domination de l’armée française. Où est donc le ridicule qui doit tuer l’armée malienne ? N’est-ce pas le Général De Gaulle qui a lancé ceci depuis Londres en juillet 1940 : «A tous les Français, la France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre». Que les Maliens sachent ceci : «L’espérance doit-elle disparaître? La défaite est-elle définitive ? Non ! Dixit le Général De Gaulle. Le même De Gaule disait à Londres, que la France n’était pas seule, qu’elle avait ses colonies et les autres pour l’aider. Aujourd’hui, monsieur Placca trouve que ce fut une pure perte que d’avoir aidé le Mali. Et il va plus loin: «C’est désespérant ! La guerre, tous ces soldats français, tchadiens, nigériens, togolais et autres, venus mourir pour, croyait-on, sauver le Mali ! Les morts – nos morts !” Quelle outrecuidance ! C’est le summum de la fatuité et de l’effronterie ! Hier, les soldats maliens sont aussi morts pour les autres.

L’Angleterre, la France, l’Espagne, la Russie, la Chine. …n’y ont pas fait exception. Les nationalismes récurrents, qui ne datent pas d’aujourd’hui, font partie de la carte génétique de ces pays, c’est une lettre de la molécule de leur ADN. La répression des pouvoirs centraux n’aurait jamais été la panacée pour la résolution des problèmes autonomistes ou indépendantistes, encore moins les consultations référendaires. Le nationalisme ukrainien date du début du 19ème siècle et reste plus que d’actualité. L’éclatement de l’URSS et l’indépendance de l’Ukraine par referendum en 1991 n’auront pas résolu le problème, il reste plus que d’actualité. Ne sommes-nous pas aujourd’hui devant une «autonomie presqu’impossible» ?

La Chine n’a pas été plus heureuse que les autres avec les tibétains. Il a fallu à l’Angleterre près de 40 ans pour connaître un semblant de paix avec les indépendantistes du Nord-Irlandais. Est-ce à dire que l’Angleterre n’a eu que de piètres politiques qui n’ont pas été à même de résoudre le problème compliqué du nationalisme Nord-Irlandais ? L’autorité centrale britannique a eu son IRA (Irish Republican Army) collé à la peau jusqu’en 2007. Et alors ! Etait-ce cela de l’incapacité? Le problème de l’indépendantisme n’est pas aussi simple que monsieur Placca le pense. Le nationalisme catalan qui date de plusieurs siècles reste plus que jamais d’actualité. Ce mouvement a de tout temps menacé d’ébranler la nation espagnole fondée sur l’unité indissoluble. Depuis le traité de Versailles, la France n’a vraiment plus dormi du sommeil du juste avec son problème corse qui lui colle à la peau.

À chaque fois qu’il y a une fausse conscience, c’est parce qu’il y a des intérêts à défendre. Est-ce que Placca en a conscience ? Le lecteur ou l’auditeur malien de cet édito l’a-t-il perçu correctement ? Ne nous laissons-nous pas leurrer, cela participe de la bataille des communications en temps de guerre. Il appartient à notre classe politico-médiatique qui, au lieu de se tirer à hue et à dia, ferait mieux de se réveiller de sa torpeur et participer à l’assainissement de l’image de notre pays et à expliquer aux rebelles du Nord et aux Maliens du Sud l’importance de l’unicité de notre destin commun. Halte aux propagandes, aux campagnes d’intoxication, de dénigrement! Il en va de la paix des cœurs, des esprits, et de l’avenir radieux commun que nous aurons à partager dans un MALI uni et prospère.

Fatogoma Mohamed OUATTARA
NEW JERSEY, USA

Le Reporter