Industrie : DU FER A BETON ESTAMPILLE « MADE IN MALI »

Le projet de fabrication du fer à béton « made in Mali » constitue un important facteur de promotion d’un secteur qui souffre de la dépendance de l’extérieur. La nouvelle unité de fabrication de fer à béton est le fruit d’un partenariat entre l’Imafer et un opérateur indien, Ali Noor, qui possède une très grande expérience en la matière dans d’autres pays de la sous région. L’usine de l’Imafer est conçue selon une technologie indienne à la fois robuste et performante. L’unité industrielle a une capacité de production 2100 tonnes de fer par mois, soit 25.200 tonnes l’an. L’usine comprend également un laminoir d’une capacité de 150 tonnes par jour pour la fabrication finale du fer à béton aux normes universelles.

Le projet de Imafer a été bien accueilli par les habitants de la commune rurale de Fougadougou qui fondent beaucoup d’espoir sur une usine qu’ils considèrent comme la leur. « Nous sommes très heureux de savoir que notre village abrite cette usine qui, à mon avis, va considérablement changer la vie à Fougadougou et ses environs. Maintenant, nos enfants n’ont plus aucune raison de s’exiler. Il y a du travail ici. Ce qu’ils pouvaient chercher ailleurs se trouve ici à leurs pieds. Grand merci à Mohamed Kawar (le promoteur de l’usine, ndlr) pour son initiative et pour tout ce qu’il fait pour la commune depuis le début du projet jusqu’à nos jours », a indiqué le maire, N’Fa Diabaté. L’édile a, par ailleurs, souhaité une meilleure prise en charge du personnel dans un cadre sécurisé et assaini, tout en formulant des vœux pour la prospérité de Imafer.

La création d’une telle unité est d’autant plus importante qu’elle permettra de mettre à la disposition des usagers des produits de qualité. Un aspect essentiel pour ce spécialiste du domaine : « Nous sommes à une période où le BTP est en pleine expansion. Malheureusement cet engouement pour se loger a fait, à un moment donné, des dégâts. Des immeubles entiers se sont écroulés faisant des morts d’hommes. Ces cas d’accident sont généralement dus aux mauvais choix des matériaux de construction, notamment le fer à béton. Beaucoup d’importateurs de fer à béton ont du mal à se procurer des matériaux de bonne qualité. Donc, on se contente de ce que l’on trouve sur le marché national. Pire, des pratiques peu orthodoxes avaient commencé à gagner du terrain. Certains importateurs vendaient le fer 10 à la place du 12. Ce qui fausse les données sur les chantiers amenant le plus souvent des cas d’accident mortel comme on en a vus », nous explique Djibril Coulibaly, un opérateur du BTP.

L’on peut parier sur un bel avenir pour la nouvelle unité industrielle dont la matière première est constituée de la ferraille de récupération dont notre pays est un grand exportateur. C’est d’ailleurs ce phénomène qui est à l’origine même de ce projet, explique son promoteur, Mohamed Kawar. « J’assistais quotidiennement comme tous les Bamakois au défilé de dizaines de camion chargés de ferraille à destination des pays voisins pour une exportation lointaine. En réalité cette ferraille sert de matière première pour des usines européennes ou asiatiques qui les transforment en produits manufacturés comme le fer à béton, les cornières qui nous reviennent sous forme de matériaux de construction indispensables aux BTP. Je me suis dit pourquoi ne pas transformer cette matière première sur place ? Avec les avantages évidents de création de valeur ajoutée, d’emplois massifs, de la disponibilité immédiate et de la réduction des coûts de matériaux de construction pour les Maliens. Voilà comment je me suis engagé depuis deux ans dans ce projet, la première entreprise du genre au Mali », raconte Mohamed Kawar, ajoutant que son initiative vise aussi à contribuer au développement local de la zone.

L’entreprise a déjà créé 180 emplois directs. Cet effectif sera porté à 240 lorsque la production atteindra prochainement sa vitesse de croisière, promet Mohamed Kawar. Les besoins énergétiques de l’usine sont estimés pour le moment à 6,5 Mégawatts. Mais compte tenu de la diversification de la production vers la fabrication de fer plat et de cornière, les besoins énergétiques de l’usine seront de 10 Mégawatts. Dans deux ans, une unité de production d’oxygène s’ajoutera au complexe, a annoncé Mohamed Kawar, qui en appelle au soutien des autorités du pays en matière de protection de la matière première.

Cette protection s’impose dès maintenant car nous sommes persuadés que cette industrie sidérurgique va très vite se développer au Mali, mais le risque à terme, sera la pénurie de la matière première pour le secteur. D’autres pays disposant de fonderie ont formellement interdit l’exportation de la ferraille par arrêté ministériel. Le PDG de Imafer souhaite qu’il en soit de même dans notre pays. Ce qui contribuera à préserver les emplois qui sont liés au secteur, a-t-il souligné, avant de remercier le gouvernement et les établissements financiers nationaux de leur confiance et de leur soutien constant qui ont permis de mettre sur pied ce projet.

Le ministre du Commerce et de l’industrie, Abdel Karim Konaté, a rendu hommage au promoteur pour son courage à un moment où les entrepreneurs fuient notre pays. « En choisissant d’investir votre argent dans la réalisation de cette unité en cette période de crise, vous prouvez votre foi inébranlable en l’avenir radieux du Mali. Mieux vous apportez une contribution fort appréciable aux efforts du gouvernement en vue de lutter contre la pauvreté et le chômage. Notre accompagnement ne vous fera pas défaut », lui a-t-il rassuré, avant d’exhorter les autorités locales et les populations à protéger cette belle initiative de Imafer.

La cérémonie s’est poursuivie par la coupure du ruban symbolique, suivie d’une visite guidée des installations.

L. DIARRA

Essor.ml 2013-01-02 13:22:25{jcomments off}