Il faut sauver la démocratie au Mali

Oui, ils étaient tous là pour braver la longue distance et le soleil ardent qui semblait être complice des ennemis de la démocratie. Ils étaient tous là pour dire non à la barbarie d’un autre âge, non à l’intimidation et au musellement de la presse, non à l’insécurité des journalistes et dire “plus jamais ça”. Oui, il fallait sonner le tocsin après les tentatives d’assassinat perpétrées contre les confrères Saouti Haïdara de “L’Indépendant et Bamako-Hebdo”, Abdrahamane Kéita de “Aurore” et les intimidations à l’endroit de Birama Fall du “Prétoire”, Chahana Takiou du “22 Septembre” et autres.

Il le fallait même s’il y avait lieu de se faire matraquer ou gazer. Parce qu’il fallait accepter une telle épreuve que de se faire kidnapper à une heure tardive de la nuit pour être amené à 40 km de Bamako afin de subir la pire barbarie du monde. Donc, il fallait être là pour la cause de la corporation voire de la démocratie. Et des grands démocrates l’ont d’ailleurs compris en se joignant hier à la cause des soldats de la plume. Pour une cause aussi noble, la sentinelle était là : Aly Nouhoum Diallo, Ibrahima N’diaye, Mme Sy Kadiatou Sow, Ousmane Sy de l’Adéma/PASJ ; Me Mountaga Tall et quelques membres de la direction nationale du Cnid Faso yiriwa ton ; l’ex-ministre du Parena Djiguiba Kéita alias PPR ; les leaders de l’Ams-Unem ; des membres de la société civile notamment l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) et la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) et plusieurs autres combattants de la liberté d’expression.

Comment ne pas avoir le baume au cœur lorsqu’un PPR et un Ousmane Sy expliquent qu’ “en 1991, nous avons marché contre la dictature afin que la liberté de la presse, qui est un enfant de la démocratie, soit garantie et si celle-ci est aujourd’hui menacée, cela doit mobiliser tous les démocrates. Nul ne fera cette démocratie à la place des Maliens ! “. Ces grands démocrates, armés de colère et de sueur, ont accepté marcher des kms avec la presse malienne hier pour livrer le message de la démocratie au Premier ministre. Un Premier ministre qui avait d’ailleurs pris le soin de voyager sur le Burkina pour ne pas avoir à souffrir l’indignité dans sa chair. Dans tous les cas, le message “Plus jamais ça” a été remis à ses proches collaborateurs.

Mais à quel saint se vouer ?

 

A quel saint se vouer ? C’est la question que beaucoup de marcheurs se posaient. Ils n’ont pas tort et nous allons vous dire pourquoi. A quel saint se vouer, quand le président de la République, Pr. Dioncounda Traoré même n’a pu être à l’abri de la barbarie avec son agression lâche et infamante le 21 mai 2012 ! A quel saint se vouer, lorsque le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, le général Tiéfing Konaté avoue publiquement qu’à la veille du 21 mai, il a donné des instructions à la police pour la sécurité du palais présidentielle et que la même nuit une autre personne est passée pour décommander les flics ! Il avait poussé le ridicule jusqu’à aller féliciter la garde nationale, laquelle, dit-il, aura sauvé sa tête en extirpant Dioncounda des griffes de ses agresseurs. Honte quand tu nous tiens ! Sinon où étaient ces fameux éléments de la garde nationale quand les manifestants étaient parvenus même dans le bureau du chef de l’Etat ! A quel saint se vouer, lorsque des forces de l’ordre vont investir le siège de la chaîne Africable, sans que le gouvernement ne soit au courant ! A quel saint se vouer, lorsque des forces de l’ordre tentent d’enlever des personnalités telles que Modibo Maïga, DG des douanes et Modibo Kéita, PDG de GDCM, sans que le gouvernement ne soit au courant ! A quel saint se vouer, lorsqu’après que les journalistes (Saouti Haïdara de “L’Indépendant et Bamako-Hebdo”, Abdrahamane Kéita de “Aurore”) soient enlevés et molestés, le gouvernement impuissant face au crime se confonde dans des communiqués de condamnation et recommande une enquête qui ne va jamais aboutir ! A quel saint se vouer, lorsque le Premier ministre de pleins pouvoirs, face à cette instabilité chronique n’a que des larmes de crocodile à verser devant Dieu et les hommes ! A quel saint se vouer, lorsque des forces de l’ordre fuient l’ennemi au Nord pour venir s’attaquer à des innocents au Sud ! A quel saint se vouer donc ?

La presse n’est pas certainement au bout du souffle parce qu’il paraît que la liste noire des “journalistes à matraquer” est très longue, mais ce  qui a été fait hier est déjà un bon signe. C’est le signe que la sentinelle est là débout sur les remparts contre les festivaliers de la barbarie.

Abdoulaye Diakité

L’Indicateur du Renouveau