Edito inter / La seconde mort de John Garang

Ainsi vient de naître la benjamine des Républiques d’Afrique après une guerre longue, sanglante et ruineuse. Pas plus de 100 km de routes goudronnées en cinquante ans, une pauvreté crasse mais du pétrole à fleur de terre. Le processus a été démocratique puisqu’il résulte de l’application des accords de Naivasha et du vote massif au référendum de janvier dernier. Reste que cette indépendance n’entre pas, pour l’instant dans la logique d’un projet fédéral.

 

C’est cela l’échec pour le Soudan et l’Afrique. Hélas ! Car Garang fut l’avocat passionné d’un Soudan divers, démocratique mais uni. S’il n’a pas eu gain de cause, c’est surtout à cause de la gouvernance de prédation et d’exclusion de la nomenklatura de Khartoum qui ne sut jamais voir dans le Sud que des nappes pétrolifères à pomper, des balafres Dinka à moquer et des chrétiens à punir. Juba, à cet égard, n’est pas un bon signal pour l’Afrique qui veut s’intégrer pour compter dans le système-monde.

Au contraire, la nouvelle capitale est un joli pied de nez au principe sacro-saint de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation jusque-là considérée comme un acquis par les pays africains. Si le Sud Soudan fait des petits, ce sera, comme le redoutent les observateurs, bonjour les dégâts de l’Afrique auto-sécable ! Encore que l’indépendance du Sud-Soudan n’est pas le fruit du seul effort local. Les évangélistes américains s’y étaient employés à fond comme s’ils voulaient désespérément leur Vatican. A eux. C’est fait : les pasteurs baptistes et les pétrochimistes d’Exxon n’ont plus rien à craindre de Khartoum, avec sa bourgeoise arabe et ses velléités islamistes. Que  malheureusement rien n’amplifie plus que le schéma actuel : celui d’un Soudan sans son Sud, son principal pondérateur.

Adam Thiam

Le Républicain 11/O7/2011