Edito inter / Abdoulaye Wade dans le texte


Et l’Union africaine, dont le secret des débats est généralement bien préservé, devait elle aussi être à mille lieues de douter que c’est par Abdoulaye Wade que le grand déballage arriverait. A savoir que des chefs d’Etat du Conseil de Paix et Sécurité s’étaient clairement exprimés en faveur du « Kadhafi dégage » et que cette position aurait pu être celle de l’organisation continentale sans les scrupules du Mauritanien Ould Abdel Aziz, le chef du quintet présidentiel désigné par Addis-Abeba pour la médiation libyenne. Autre scoop donné par Me Wade : personne n’a délégué Zuma pour aller à Tripoli, le Sud africain a fait de l’auto-saisine.

Enfin le massacre : contrairement à certains de ses pairs arrosés de pétrodollars libyens, lui Wade, n’a rien à déclarer. Par conséquent, il est indépendant là où d’autres ne peuvent que garder un silence gêné. Il y en a pour tout le monde,  le président sénégalais est autant un dialecticien chicaneur qu’un incurable iconoclaste. Pourtant, s’il n’a pas cru devoir laver le linge sale en famille, le président sénégalais apporte une salutaire décantation.

Maintenant que la mèche est vendue, il est clair que la position de l’Union africaine tient à la fois de la figue et du raisin : arrêt des violences -qui peuvent être celle de Kadhafi aussi ; oui à l’aspiration de Benghazi mais aussi oui à Tripoli qui a la légitimité. Bref la poire en deux, donc la marque de fabrique de Addis-Abeba. Le président Sénégalais a frappé un grand coup. Sarko, Obama, Cameron vont lui manger dans la main après sa sortie du weekend qui, à certains égards, est plus importante que la mort diffusée en boucle du jihadiste Fazul Abdullah Mohamed abattu en Somalie après plus de dix ans de traque américaine. Mais Wade doit il se frotter les mains ? Peut-être pas si vite.

Il va avoir à gérer les conséquences domestiques de sa soudaine émancipation. Et en juillet, ses pairs l’attendent au sommet de Malabo que l’on pressent sanglant parce que c’est déjà trop tard pour qu’il ne soit pas un affrontement entre Tripoli et Benghazi délocalisés.

Adam Thiam

Le républicain 13/06/2011