Crise en Côte d’Ivoire : Le rapatriement des Maliens est à l’étude


Sur la question, des avis sont pourtant  partagés,  même s’ils sont nombreux, nos compatriotes qui désirent rentrer au bercail pour échapper à la folie meurtrière perpétrée sur les étrangers par les miliciens et mercenaires pro Gbagbo. Tandis que certains trouvent l’opération très risquée en cette période où même Gbagbo ne maîtrise plus ses troupes, qui peuvent s’en prendre à nos convois, d’autres par contre, soutiennent qu’il faut sauver nos compatriotes en danger dans les zones à haut risque comme Abobo, Yopougon, Anyama, etc. A  Yopougon, c’est le summum de l’horreur. Les étrangers sont assimilés à des rebelles et brûlés vifs. Plus de deux de nos Compatriotes ont subis le supplice du « collier enflammé », c’est-à dire aspergés d’essence, les miliciens et mercenaires pro Gbagbo, mettent un pneu enflammé autour du cou de leurs victimes jusqu’à ce que cette dernière finisse calcinée, sous les yeux passifs des éléments de la Garde Républicaine.

(Aujourd’hui la communauté malienne déplore 34  Maliens tués dans l’ensemble, plus de 25 disparus et plusieurs dizaines de blessés).

Certains pensent qu’il ne faut pas anticiper le départ de nos compatriotes au Mali à la faveur de la confirmation  de la victoire d’Alassane Ouattara lors de la Présidentielle 2010 en Côte d’Ivoire, par le Panel, mais aussi et surtout la nomination d’un  Haut Représentant chargé de la mise en œuvre de la solution politique d’ensemble, telle qu’entérinée par le Conseil de Sécurité et de Paix, qui sera à Abidjan pour suivre l’application des décisions contraignantes pour tous les deux parties. Une lueur d’espoir qui doit guider les décideurs à ne pas engager la communauté dans une opération coûteuse qui, une fois lancée, créera beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en résoudra. Nous sommes sans ignorer les problèmes que  le rapatriement de nos frères de la Libye crée déjà au Mali. Eux ils ne sont que deux ou trois mille. Le projet élaboré pour le rapatriement de Cote d’Ivoire prévoit plus de 50.000 Maliens, selon une source proche du dossier. De quoi déstabiliser tout le tissu social malien dans son ensemble.  

En 2002, l’expérience a montré que ceux qui s’agitent le plus  pour rentrer au pays, sont les mêmes qui reviennent sur leur pas au moindre écueil. Selon un membre de l’organisation de l’époque, après avoir convoyé  plus d’un millier de Maliens, de San Pédro à Bamako, en Passant par Kumasi (Ghana), Ouagadougou , Bobo Dioulasso et Sikasso,  plusieurs membres de son convoi sont revenus à Abidjan quelques  jours seulement, après leur arrivée dans la Capitale Malienne. Les raisons évoquées sur ce retour précipité, sont d’ordre social. La plupart d’entre ces gens n’ayant rien réalisé au pays, ne veulent pas être la risée des amis et parents restés au village. C’est pour cette raison, que le Gouvernement malien doit penser à mettre un fond d’aide au  retour de nos compatriotes en difficulté à l’étranger pour qu’ils puissent  venir investir et préparer leur retour au bercail.   

Aux dernières nouvelles, le rapatriement qui va coûter une grosse fortune à l’Etat, démarrera dans les tous  prochains jours à Abidjan. L’Ambassade et le Conseil des Maliens qui co-organise cette vaste opération  ne compte pas s’arrêter à la seule ville d’Abidjan. D’autres localités de la Juridiction Consulaire d’Abidjan, dans lesquelles les Maliens sont en danger seront concernées. « Les risques sont certes là, mais aucun obstacle ne doit nous empêcher de porter secours à nos compatriotes là où ils sont », a martelé un responsable communautaire sous couvert de l’anonymat. La même source révèle que plusieurs réunions ont eut lieu la semaine dernière entre l’Ambassade et le Conseil des Maliens de Cote d’Ivoire sur la mise en œuvre de l’opération.

En attendant que tout soit prêt, les Maliens s’impatientent et ne cessent d’appeler les responsables sur  l’arrivée présumée de cars de transport venant de Bamako pour ramener les Maliens en difficulté. Espérons que la situation évolue rapidement en bien dans le Pays d’Houphouët pour qu’un  rapatriement à grosse échelle avec tous les risques que cela comporte, n’ait pas lieu.  

De Gildas correspondant du Républicain à Abidjan

Le Républicain 14/03/2011