Burkina Faso : LEÇON DE CHOSE

BLAISE CONTRE BLAISE
« Tel un animal blessé, Blaise sait qu’il est pisté mais décide de vendre chèrement sa peau »

Putschiste devant l’Eternel, Blaise s’était apparemment repenti et reconverti dans le dénouement des crises dans la sous région ouest africaine. Cependant, les plus avisés des observateurs ont vite compris avec sa manière de manier avec dextérité la carotte et le bâton qu’il y avait derrière cette entreprise un parrain plus puissant qui lui prête dans les moments décisifs les arguments et les moyens. La médiation qui établit solidement sa renommée est incontestablement celle consécutive à la crise ivoirienne. Les rebelles ivoiriens se regroupent d’abord à Ouagadougou avant de fondre sur Abidjan. Le pays est divisé en deux car la république s’arrête à Yamoussoukro à partir du 19 septembre 2002. L’armée française est fortement impliquée à travers le dispositif EPERVIER. Blaise qui a rendu par le passé de menus services à Laurent Gbagbo lorsque celui-ci était dans l’opposition a la confiance de la rébellion mais surtout l’oreille de Paris. Il devient vite incontournable. Avec la crise malienne, un autre pays frontalier du Burkina, Blaise est encore mis en selle par la CEDEAO et la France. Cependant, le fait que des rebelles soient réfugiés au Burkina rend Blaise suspect aux yeux de nombreux maliens qui ne lui accorderont jamais leur confiance. Malgré les propos officiels restés assez conventionnels, il ne conservera dans le dossier qu’un rôle de figurant de luxe à côté de l’Algérie.
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Qu’à cela ne tienne ! Blaise à qui tout semble sourire au plan international s’est découvert une vocation de médiateur mais c’est un homme en fin de mandat. Un mandat qui n’est plus renouvelable, ce qui le contrarie et plonge dans la plus grande perplexité ses amis africains et occidentaux. L’homme est intelligent, affable mais très déterminé. Il choisit avec l’aide de ses partisans de modifier la constitution pour les besoins de son ambition. L’opposition qui prend toute la mesure de la menace ne l’entend pas de cette oreille et elle obtient le soutien de la société civile. Des caciques du parti de Blaise le quittent même avec fracas en dénonçant la dérive totalitaire du régime. Pour la première fois, on sent Blaise moins fort et plus vulnérable mais il reste sourd à tous les appels. Tel un animal blessé, il sait qu’il est pisté mais décide de vendre chèrement sa peau. Le peuple s’organise aux côtés de l’opposition politique pour faire barrage. Seul et affaibli, il finit par plier. La victoire du peuple Burkinabè est totale. Cela n’empêche pas de relever la finesse et le courage politique de Blaise. En effet, il a réussi à jouer toutes les cartes en sa possession. Sa démission annonçant la vacance du pouvoir, certainement le dernier acte de la série a opéré un déplacement complet du centre de la contradiction, ce qui lui permet d’organiser son repli vers la Côte d’Ivoire. Est – ce surprenant de la part d’un homme dont le mentor politique n’est autre que Felix Houphouët Boigny, celui que le Général De Gaule en personne honorait de son amitié et qualifiait de cerveau politique de premier rang ?

LE ROLE DE LA FRANCE
« La France n’a que des intérêts à défendre, aux Africains de le comprendre »
La géopolitique reste toujours une réalité tangible en Afrique francophone même si les approches ont beaucoup changé. En effet, les méthodes Foccart et Bob Dénard ne sont plus que de lointains souvenirs depuis l’époque Mitterrand avec la conférence de la Baule. La France s’appuie désormais sur trois leviers pour maintenir son influence en Afrique. Elle est ainsi passée du soutien indéfectible au président en exercice à une stratégie d’aménagement d’espaces pour les opposants. De cette façon, les opposants les plus sérieux conservent une chance d’arriver au pouvoir, les espaces créés leur fournissant l’opportunité de se faire valoir. Si d’aventure une rébellion éclate, pourvu qu’elle trouve les mots pour se faire accepter, la France sera compatissante à sa cause qui devient un autre levier pour titiller le pouvoir en place. Enfin, l’ONU et ses résolutions sont incontournables dans la résolution des conflits. La France y détient un droit de veto qui lui assure le troisième levier. Les organisations sous régionales et l’Union Africaine sont certes mises à contribution mais tout le monde connaît les limites de leurs moyens et les problèmes de leadership qui les minent. Avec ses bases militaires implantées à travers le continent, la France offre toujours une solution de rechange qui permet aux chefs d’Etat africains de se donner bonne conscience. Tenir en laisse les opposants et les rébellions et faire croire au pouvoir qu’on le soutient, telle semble être la nouvelle stratégie qui oblige la France à avoir constamment deux fers au feu : l’un pour soutenir le pouvoir en place, l’autre pour lui trouver une alternative si les vents contraires deviennent trop forts. La France n’a que des intérêts à défendre. Aux Africains de le comprendre.

LES PERSPECTIVES
« L’Union Africaine est-elle condamnée à jouer les pompiers après avoir assisté le pyromane ? »

Blaise à qui son peuple vient d’accorder la retraite anticipée aura le temps de penser à la glorieuse incertitude des calculs politiciens. De son palais de Kossyan à Yamoussoukro, il a certainement eu l’opportunité de vivre la très grande solitude du coureur de fond en voyant s’amenuiser progressivement la longue file des suiveurs et des laudateurs. Et comme il n’a pas que des amis en Côte d’Ivoire, il pourrait bientôt s’y trouver à l’étroit sous la poussée des Frontistes et l’errance reprendrait vers des eaux jugées plus tranquilles pour lui. Dans la bataille entre la légalité et la légitimité, il aura compris à ses dépens que la dernière est la plus forte. En voulant apporter une réponse juridique à un problème purement politique, il a oublié que seul le peuple autorise la légalité et délègue la légitimité sans jamais s’en départir totalement. Aujourd’hui exilé, il pourrait en plus avoir à répondre devant les tribunaux de certains faits graves à lui reprochés dans le cadre de différentes affaires : Sankara, Zongo, la trentaine de morts de la dernière révolution,  ses relations réelles ou supposées avec Charles Taylor du Libéria.

Ce qui est arrivé à Blaise Compaoré devrait marquer le réveil des populations qui ne sont pas obligées de subir les humeurs changeantes de leurs dirigeants. Du reste, les armées sont de plus en plus réticentes à brutaliser de simples civils pour faire plaisir à un illuminé qui s’arroge le droit de s’approprier et de gérer le pouvoir politique comme un bien familial. C’est un avertissement sérieux aux chefs d’Etat adeptes de la charcuterie constitutionnelle. C’est un avertissement de plus pour l’Union Africaine qui doit cesser de fonctionner comme un syndicat de chefs d’Etat, faute de quoi sous le regard désapprobateur des populations meurtries, elle serait condamnée à jouer le pompier après avoir aidé le pyromane.

Mahamadou CAMARA      

camara_m2006@yahoo.fr

 

Diasporaction.com 2014-11-11 00:25:57