ATT ou comment redevenir grand

 

Les démocrates maliens ont beau vouloir lui barrer la route, peine perdue. Soutenu en haut lieu, le général pouvait dormir tranquillement. Il n’avait même cure de la constitution qui exigeait sa démission de l’armée six mois avant l’ouverture des campagnes. Il prendra le pouvoir sur un plateau d’argent, les partis politiques ayant abdiqué. En leur lieu et place, il s’autoproclame président du « Parti de la demande sociale. » Mais de satisfaction de la demande sociale, point. Alors que celle-ci n’a jamais été aussi forte, notre militaire déguisé gambade de sommets folkloriques à rencontres de prestige. Tendant la sébile au nom du Mali qui n’aura droit qu’à une infime partie des aumônes lâchées par les bailleurs de fond.

Conséquences : les services que l’Etat doit aux citoyens, au lieu de progresser, ont régressé. Laissés pour compte, les jeunes en sont à se rogner le pouce, désœuvrés qu’ils sont autour du thé à chaque coin de rue. Le coût de la vie au Mali a battu tous les records de cherté. Le kilogramme de riz, par exemple, s’est élevé jusqu’à 450Fcfa. Et le pays n’a jamais enregistré un si fort taux de chômage, malgré l’existence de l’Apej qui s’est, en fait, révélée être une boite de divertissement au regard des miettes qu’elle distribue aux jeunes.

Cependant, ATT, l’un des Présidents du sud les mieux côtés à la Bourse des institutions de Brettons Woods, aurait pu, s’il le voulait, réduire le chômage galopant des jeunes. Mais le général avait d’autres préoccupations, à savoir la promotion sociale des membres de son clan qu’il a substitués au peuple malien. Il se permet même d’injurier la jeunesse en affirmant sur les antennes de Rfi que sa propre fille chôme alors qu’elle brasse des millions à longueur de journée.

Peut-être que le général se trompe sur le vrai sens du mot chômage : il n’a pas su mettre à profit ses dix années de congé payé pour améliorer son niveau qui est resté celui d’un troufion de l’armée coloniale. Les grands perdants sont les jeunes d’en- bas  qui, pour fuir la  mendicité et la prostitution, préfèrent aller à pieds à la conquête des déserts, des océans, des montagnes et des barbelés de fils de fer dans l’espoir de joindre l’Europe où, pour eux, le respect de la dignité humaine peut avoir encore un sens. Espoir, hélas, vite déçu car, le plus souvent, ils sont surpris par la mort ou par les expulsions massives.
Avec un coût de la vie et du chômage trop élevé, le logement, la nourriture, la santé, l’éducation et la sécurité sociale demeurent un luxe au Mali. Dès lors, rien d’étonnant que le Mali soit classé avant dernier dans le dernier Rapport Mondial du PNUD sur le Développement Humain Durable qui aurait même dû classer notre pays bon dernier. Tant la réalité sur le terrain est plus tragique. Le Mali est l’un des rares pays au monde dont les cadres, même supérieurs, sont obligés de mendier ou de se prostituer pour faire survivre les leurs.

Hélas ! C’est encore sous l’ère du « Parti de la demande sociale » que cette mendicité et cette prostitution ont atteint des proportions inquiétantes. L’existence du Mouvement Citoyen et les adhésions qu’il enregistre chaque jour n’ont pas autre sens. N’exagérons rien : « Minyé minyé, o yo yé ». L’on dira certainement que le général ATT a fait un certain nombre de routes. Mais à quel coût ? Qui ne sait que l’Union Européenne incite les dirigeants africains à s’endetter toujours plus pour faire des routes ? Qui va rembourser la dette qui a servi à financer ces routes ?
Le Mouvement Citoyen chantera encore qu’il a construit des logements sociaux. Précisément, ces logements, qu’ont-ils de social ? Combien de veuves et d’orphelins y ont droit ? Combien de Maliens d’en- bas en ont bénéficié ?

Le   Mouvement Citoyen nous rabattra également les oreilles disant que le général a distribué aux Maliens des tracteurs. Bravo ! Mais c’est quoi ces cinq cents ( ?) tracteurs ? Que valent cinq cents ( ?) tracteurs dans un pays de près de 15 millions d’habitants dont plus de 80% travaillent dans l’agriculture ? D’ailleurs, comment a-t-i fait, le général, pour obtenir ces tracteurs ou construire ces ATTbougou ? Le mouvement ATTiste a-t-il jamais posé ces questions à ATT ? Eh, bien ! C’est en empruntant de l’argent au nom du pays. Et, du fait de cette dette incontrôlée contractée au nom du peuple malien, combien d’enfants maliens seront privés de santé et d’éducation ?
ATT, un Mali qui gagne ?

Assurément, non. ATT, c’est un Mali qui végète, qui a fait le choix d’échanger sa démocratie en dictature. Que dis-je ? ATT, c’est un Mali qui s’effondre. Non, un Mali à l’envers tant les Maliens dans leur écrasante majorité sont devenus méconnaissables. Ils se sont abonnés à tous les vices du monde. Simplement parce que le général a pris sur lui la responsabilité historique de s’amuser avec leur destin et a volontiers laissé « la ribambelle de copains et de copines » s’amuser avec leur destin.
Malgré  ce bilan tragique, le général a encore le courage de se porter candidat à sa propre succession. Mais où allons-nous ?

Très honnêtement, le général doit avoir l’humilité de se retirer. Il gagnera en estime, en gloire, de cette gloire qu’il chérit tant. Le général, ayant vaincu sans péril en 2002,  a régné de 2002 à 2007 sans gloire. Saisira-t-il la dernière chance que lui offre l’histoire de redevenir grand, mais vraiment grand, et éternellement ?

Il est vrai aussi que c’est une question de vie ou de mort pour lui. Les chercheurs de place autour de lui, mus par leurs sordides intérêts au mépris de ceux du Mali, sont prêts à le lyncher au cas où il prendrait la responsabilité historique de se retirer. Mais de quelle mort peut avoir peur un général ?

NHawa Diallo

Note de la rédaction : Cet article a été publié dans notre édition du mai 2007. Nous pensons qu’il éclaire aujourd’hui l’actualité.

Le National 27/01/2011