AFFRONTEMENTS GATIA-CMA Kidal : où est l’intérêt du Mali ?

Le contrôle des axes routiers rentables et la part belle dans les autorités intérimaires : telles sont les causes profondes des affrontements de Kidal entre le Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia) et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) à Kidal. Le Mali n’est qu’un alibi dans cette bataille.

Difficile de donner le bilan exact des affrontements entre le Gatia et la CMA à Kidal, la semaine dernière. Seule certitude : chaque camp tente de se faire passer pour le grand gagnant des affrontements dont le but est loin de la défense du Mali. Une source évoque une situation de confusion qui règne dans la ville de Kidal et alentours. On parle aussi d’un renfort venu de la Libye et des rangs d’Ançardine pour prêter main forte à la CMA.
Conséquence : le Gatia, qui sous-estimait la bataille de Kidal, n’a tenir la dragée haute à la coalition qui s’est vite formée autour de la CMA. Au finish, le Gatia du général El-Hadji Ag Gamou était obligé de se replier dans les alentours de la ville de Kidal, soit à la case départ.
Selon notre source, certains éléments du Gatia ont été accueillis dans le camp de la Minusma et les blessés ont été acheminés sur Gao. Du côté de la CMA, qui a bénéficié du soutien de taille de ses alliés terroristes d’Ançardine d’Iyad Ag Ghaly et d’autres éléments venus de la Libye et d’autres pays, un mystère plane sur le nombre de morts et de blessés.
Aujourd’hui à Kidal, les éléments de la CMA ont le contrôle de la ville et des postes qu’ils avaient occupés par le passé avant même l’arrivée du Gatia il y a quelques mois.

Hypocrisie
Dans cette nouvelle bataille pour le contrôle de Kidal, la donne est que les deux groupes travaillent pour leurs intérêts propres. Le Gatia, qualifié à tort ou à raison de pro-Mali, ne pardonne pas au gouvernement malien son allégeance aux ex-rebelles notamment l’accueil fastidieux accordé à Bilal Ag Achérif par le régime IBK à Bamako.
Pis encore : le Gatia semble frustré par les récentes nominations au sein du gouvernement qui ne le favorise pas. S’y ajoute l’installation des autorités intérimaires qui risque de réserver la part belle aux ex-rebelles.
Comme si cela ne suffisant pas, le contrôle des axes routiers est plus qu’un enjeu à ses yeux. C’est dans ce contexte que le Niger est rentré dans la danse, mais il est évident que sa médiation ne favorise pas les intérêts Gatia composé en majorité des Imghad.
Une chose est sûre, le Premier ministre nigérien, Brigi Rafini, est avant tout un Ifoghas qui ne saurait accepter la suprématie des autres tribus. Le fait que les hostilités soient déclenchées deux jours après la signature de l’entente de Niamey est une preuve de la farouche rivalité entre communautés touarègues que ce soit au Mali, au Niger, en Algérie ou en Libye.
Dans cette guerre, il convient de situer ce que gagne le Mali. Rien, si l’on s’en tient à la réalité du terrain. Une entente a été signée en son absence et mandat a été donné aux deux parties (Gatia-CMA) de gérer le pouvoir sans l’Etat central.
Le constat de nos jours est qu’à Kidal, le rejet de l’administration malienne est réel à tel point que les populations se sont résolues à l’idée de gestion locale sans l’interférence de Bamako.
Qu’il s’agisse du Gatia ou de la CMA, le Mali est seulement sur les lèvres. Il fait honteusement l’objet d’un fonds de commerce. Malheureusement à sa perte.
Alpha Mahamane Cissé