AFFAIRE DES BERETS ROUGES La justice aux ordres des putschistes ?


Le procureur de la République près le tribunal de Première instance de la Commune III du district de Bamako, Sombé Théra, a annoncé – mercredi 30 avril 2012 – l’ouverture d’une information judiciaire à l’encontre des officiers (officiers supérieurs et subalternes). Elle fait suite aux affrontements sanglants entre les bérets rouges et verts dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2012. Plusieurs officiers avaient été arrêtés.

Selon le procureur Théra, ladite information judiciaire est “ouverte conformément aux dispositions du Code de procédure pénale et du Code pénal, pour atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat par l’emploi illégal de la force armée, association de malfaiteurs, assassinats, coups et blessures volontaires, vols et détentions illégales d’armes de guerre et complicité”.

Le communiqué qui a annoncé l’ ouverture de ladite information évoque les noms suivants : “le général de brigade Hamidou Sissoko dit Man, chef d’Etat-major particulier du président déchu Amadou Toumani Touré ;  colonel Abdoulaye Cissé ; commandant Abba Abdel Kader Coulibaly ; commandant d’aviation Mamadou Lamine Konaré (fils de l’ ancien président malien Alpha Oumar Konaré de 1992 à 2002) ; lieutenant Aly Traoré ; lieutenant Mohamed Ismaël Kanouté ; lieutenant Abdoul Wahab Coulibaly ; commissaire Adama Siriman Coulibaly dit Chine ; commissaire Ismaïla Traoré et colonel Abidina Guindo et autres “.

Pour le moment le colonel Abidina Guindo reste introuvable. On n’a aucune piste en ce qui le concerne. Celui-ci a été précédemment le commandant du 33è régiment des commandos parachutistes (ou bérets rouges) et ancien aide de camp du président Amadou Toumani Touré.

Par ailleurs, “le procureur de la République près le tribunal de première instance de la Commune III du district de Bamako rassure l’opinion que l’information judiciaire suivra son cours dans le strict respect des règles de procédure”. Soit !

Les Maliens pouvaient accorder un atome crochu à une telle justice s’ils ne la savaient pas déjà partiale dans son administration. Parce qu’elle se mêle d’une question militaire, alors qu’au lendemain des évènements, le même capitaine Sanogo enseignait que c’était une affaire entre militaires qui va être régler militairement et qui n’aura aucun impact sur la transition. D’ailleurs, à notre entendement, ce n’est pas à l’aide d’un mandat de la justice que les arrestations de ces militaires ont été opérées. Et pourquoi brusquement, Sombé Théra s’est vu saisi du dossier ?

La question a tout son pesant d’or dans la mesure où cette même justice – pour des actes similaires commis le 22 mars ayant abouti à la démission du président de la République, Amadou Toumani Touré – n’a pu rien faire contre ses auteurs. Autre temps, autres mœurs ? En tout cas ce qui est sûr, c’est que la justice n’est pas partie pour se saisir de ce dossier-là et le comble a même été que le coup d’Etat du 22 mars -travesti du vocable ‘’mutinerie ayant abouti à la démission du président de la République’’- a reçu une prime du peuple à travers la loi de l’amnistie votée par l’Assemblée nationale le 18 mai 2012. Alors que les causes devraient produire les mêmes effets, le coup d’Etat du 22 mars 2012 a été par arrangement qualifié de ‘’mutinerie ayant abouti à la démission du président de la République’’, pour empêcher que la Cour constitutionnelle ne rejette la loi parce que convaincue que dans la Loi fondamentale il est mentionné que ‘’ tout coup d’Etat est un crime imprescriptible’’.

Les infractions amnistiées sont notamment : “mutinerie, atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat, destructions d’édifices, opposition à l’autorité légitime, violences et voies de fait, homicide volontaire, involontaire, pillage, atteintes aux biens publics”. C’est dire que ces actes sont similaires ou même pires que ceux pour lesquels on veut faire rougir les bérets rouges de Djicoroni-para. L’Assemblée nationale avait approuvé, le vendredi 18 mai 2012, ce projet de loi prévoyant l’amnistie des auteurs du coup d’Etat du 22 mars contre le régime d’Amadou Toumani Touré (ATT) à l’unanimité des 122 députés présents ce jour à l’hémicycle. En le faisant, les députés disaient toute la peine qu’ils éprouvaient à voter une telle loi, mais vu le contexte, il fallait le faire pour la stabilité du pays. Malheureusement, il se trouve que c’est seulement une partie de l’armée (les bérets verts) qui avait droit à ce pardon du peuple ! C’est dire qu’il faut encore des efforts pour sauver le Mali.

Abdoulaye Diakité