Sénégal : le procès de Karim Wade ouvert à Dakar

Le dossier : les arguments des uns et des autres

« Le dossier d’accusation d’enrichissement illicite à l’encontre de Karim Wade comprend près de 40 000 pages », a indiqué Sidiki Kaba, ministre sénégalais de la Justice à Dakar, ce mercredi, veille de l’ouverture du procès. « Il y a eu une procédure de dématérialisation des documents. Ceux-ci ont été mis sur clé USB », a-t-il ajouté. Et de préciser : « À cet instant, tous les avocats disposent de ce dossier par ce mécanisme. » 

Ce procès, qui oppose l’État du Sénégal à Karim Wade, va voir la participation de 77 témoins, des parties civiles et d’une trentaine d’avocats qui sont mobilisés pour défendre chaque partie. Pour rappel, Karim Wade est en détention préventive depuis avril 2013. Il est accusé d’avoir illégalement acquis 178 millions d’euros par le biais de montages financiers complexes du temps où il était conseiller puis ministre de son père, qui a dirigé le Sénégal pendant douze ans (2000-2012).

Selon l’accusation, cette somme se trouverait aujourd’hui dans des paradis fiscaux, dont Monaco et Singapour. Mais, d’après les avocats de Karim Wade, près de la moitié de cet argent correspond à un compte à Singapour dont il est d’ores et déjà prouvé qu’il n’appartient pas à leur client. Selon la défense, son patrimoine est d’environ deux millions d’euros, somme gagnée pour l’essentiel quand il était trader en Europe, avant de devenir conseiller, puis ministre de son père.
Des dispositions pour une sécurité et une publicité maximales

Dans sa déclaration mercredi soir, le ministre de la Justice a assuré que toutes les dispositions avaient été prises pour permettre « la tenue d’un procès juste et équitable », mais aussi « public ». « Tout le monde peut suivre le procès, c’est un procès public. Et l’État entend le garantir », notamment en permettant « à tous d’accéder librement à la salle d’audience », a affirmé Sidiki Kaba cité par l’AFP.

« La sécurité de tous sera assurée – aussi bien les personnes qui viennent que les avocats de la défense, les avocats de l’État, les magistrats, les témoins, les accusés, tous – parce que cela fait partie de l’environnement sécurisé d’un procès. […] Nous avons pris des dispositions relativement à cela », a-t-il ajouté.
L’appel à l’apaisement et l’exigence d’équité

Il a par ailleurs exhorté à l’apaisement : « Nous souhaiterions que ce procès se passe dans le calme, dans la sérénité nécessaire à la bonne tenue d’un procès juste et équitable », il faut « que la justice ne soit pas sous pression » tant dans l’enceinte du tribunal qu’au dehors. Quant aux magistrats, « il faut les laisser faire leur travail ». Sidiki Kaba a en outre réfuté les accusations des partisans de Karim Wade qui estiment que celui-ci est victime d’un « acharnement » du pouvoir de l’actuel président Macky Sall à travers cette procédure judiciaire. Et de poursuivre : « En aucune façon, il ne s’agit d’acharnement. Les juges n’obéissent qu’à l’autorité de la loi, ils ne sont soumis à aucune forme de pression et ils sont indépendants. Tous ceux qui vont être devant le tribunal – les avocats de Karim Wade, les avocats de l’État, le procureur spécial -, tous les acteurs impliqués auront la latitude de débattre de leurs points de vue. Et à la suite d’un débat contradictoire, le juge prendra sa décision. »

Il faut dire que, soulignant des manquements dans l’organisation du procès, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho) a invité l’État du Sénégal à veiller au respect des principes garantissant le droit à un procès équitable, selon l’agence de presse Pana. Enguise de réponse, Sidiki Kaba a déclaré : « L’État du Sénégal va prendre toutes les dispositions possibles pour un procès juste et équitable. »

Quoi qu’il en soit, à travers ce procès, la justice sénégalaise veut comprendre comment l’accusé a pu acquérir et disposer des sommes évoquées.

Par Malick Diawara

Publié le 31/07/2014 à 13:41 – Modifié le 31/07/2014 à 17:08

Le Point.fr 2014-08-02 23:53:58