Quand IBK échappe à une tentative d’escroquerie de 2000 euros

L’affaire remonte au mois de janvier 2014. Un jeune homme répondant au nom d’Ibrahim Bocoum se fait passer pour un conseiller spécial du président Michel Djotodia de la Centrafrique. Depuis la capitale ivoirienne, il monte son coup, via l’ambassade du Mali dans ce pays. Selon nos informations, Ibrahim Bocoum est un jeune juriste de 49 ans, basé à Angré Star 16 ville 82 (Côté d’Ivoire). Il est apparenté à Allaye Bocoum du parti Sadi.

Son coup consistait à obtenir une aide alimentaire auprès du président de la République du Mali, Ibrahim Boubacar Traoré, fraîchement élu.  Motivations : la République centrafricaine est en crise ; son rôle, à lui, en sa qualité de conseiller spécial du président Michel Djotodia, était de faire des quêtes auprès des pays frères pour soulager les souffrances des populations de son «pays». C’est ainsi qu’il a mis le président malien dans sa ligne de mire.

Ibrahim Bocoum arrive à Bamako en début janvier. D’après nos sources, c’est à 14 heures qu’il est arrivé à l’aéroport Bamako-Sénou, accueilli par le protocole de la République, avant d’être installé au Salon d’honneur. Il devrait être conduit à l’hôtel Salam, mais sera finalement hébergé à Radisson Blu sur sa demande expresse. Oui, il s’agit quand même du conseiller spécial d’un chef d’Etat ! Il sera «bichonné» par la sécurité présidentielle jusqu’au jour de son audience. Nous sommes le 9 janvier 2014 : il est reçu en audience par le président IBK en présence des collaborateurs de celui-ci. Il exprime alors en audience un besoin d’aide alimentaire au profit du peuple centrafricain. Par la suite, selon nos informations, il tint à voir en privé le président IBK, sous forme de tête-à-tête. Après l’audience, bien sûr !

C’est alors que l’affaire revêt la forme d’une tentative d’escroquerie contre la personne du président de la République. L’aide alimentaire s’est vite muée en une demande personnelle de 2000 euros à l’endroit du président IBK. En homme averti, connaissant le monde diplomatique, les faits et gestes de Bocoum commencent à lui donner matière à réfléchir. Le président s’est vite ressaisi en lisant les gestes et le langage d’Ibrahim Bocoum. Il se rend compte que c’est un intrus dans le monde diplomatique. Auparavant, d’après nos sources, IBK lui avait suggéré d’aller voir Alassane Dramane Ouattara pour lui exposer les besoins d’aide humanitaire. Ibrahim Bocoum s’y refusera catégoriquement et insista auprès d’IBK pour obtenir les 2000 euros demandés. IBK prend alors congé de lui, sans lui promettre le moindre kopeck. Après un moment de réflexion, le président malien demande à la sécurité présidentielle de l’arrêter. C’est ainsi qu’il a été arrêté aux environs de  19heures à son hôtel, puis mis à la disposition de la SE, ensuite la SIJ pour finir au parquet de la Commune III.

Le  1er  avril 2014, au tribunal de la Commune III, a eu lieu son procès. Ce jour-là, le tribunal de la Commune III a été pris d’assaut par tous les grands «diokaramè» de Bamako, de même que les parents du jeune Bocoum qui habitent la grande famille à Médina Coura, rue 14. C’est le contentieux de l’Etat qui a défendu le président de la République à travers Moussa Guindo, un ancien de l’Aeem, qui fait ses débuts dans la magistrature. Il vient d’être affecté au contentieux de l’Etat. C’est lui donc qui a défendu les intérêts de l’Etat malien. Et c’est à la barre qu’Ibrahim Bocoum a avoué avoir mis en contact Michel Djotodia avec Oumar Mariko. Le jeune Bocoum ne devait pas être lucide le jour de son audience avec IBK, car c’est ce même jour que Michel Djotodia a quitté le pouvoir en Centrafrique, destitué par la communauté internationale.

Dans sa plaidoirie, Moussa Guindo a défendu la tentative d’escroquerie et exigé le remboursement des frais d’hôtel et des dommages et intérêts pour le compte de l’Etat du Mali. Après le procès, selon nos sources, Ibrahim Bocoum a été libéré par le juge Samba Sissoko. Fait gravissime intervenu lors du jugement, selon certains juristes, c’est que le  juge a vidé l’affaire sur siège, c’est-à-dire immédiatement. C’est pourquoi le contentieux de l’Etat a fait appel. Pour ainsi dire, c’est la première chambre du tribunal de la Commune III qui a jugé cette affaire et libéré Ibrahim Bocoum, qui serait d’ailleurs rentré en Côte d’Ivoire. Faut-il le noter, Ibrahim Bocoum est en réalité l’un des frères d’Allaye Bocoum du parti Sadi.

Au demeurant, beaucoup de questions taraudent les esprits. Notamment celle-là : comment ce jeune a pu abuser de la Sécurité présidentielle ?

Kassim TRAORE

Le Reporter 2014-05-14 02:03:56