OUSMANE OUMAROU SIDIBE, PRESIDENT DE LA CVJR: « Chaque communauté pense qu’elle est la victime… »

OUSMANE OUMAROU SIDIBE, PRESIDENT DE LA CVJR

Au total, c’est la somme de 10 569 500 000 F CFA qui va être nécessaire pour conduire les actions de la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR). Mais au-delà de ce montant à mobiliser, la mission de la Commission s’avère délicate, car, selon son président, »chaque communauté pense être la victime de la crise ».

La rencontre que le président de la CVJR, Ousmane Oumarou Sidibé, a eue avec la presse hier à Maison de la presse a permis d’être fixé surles activités menées par la Commission depuis son installation. Une tribune que M. Sidibé a mise à profit pour mettre à la disposition des journalistes deux importants documents élaborés par la CVJR.

Le premier est axé sur la stratégie d’intervention 2016-2018 assorti du règlement intérieur.Le deuxième fait cas du plan d’actions 2016-2018 et le programme d’activités 2016. Le président de la CVJR fera remarquer que sa structure travaille à s’organiser afin d’accomplir son mandat. La finalité est de parvenir à enquêter sur les graves violations de droits de l’Homme commises dans notre pays. Et de préciser que l’article 7 de la stratégie d’intervention définit le terme victime.

S’agissant de la marge qui existe entre le travail de la justice classique et la Commission, le président Sidibé dira que les deux structures partagent certains rôles. « Nous intervenons sur le même terrain. Nous sommes complémentaires. Nos enquêtes servent la justice », a-t-il lancé. Pour ce qui est des réparations, il a indiqué qu’elles seront d’ordre ou matériel. « Il y a des réparations urgentes qu’il faut régler le plus rapidement possible. Ce sont des personnes carrément dans le dénuement », a-t-il expliqué.

En plus, la CVRJ disposera d’un baromètre pour comprendre les causes du conflit au nord, catégoriser les différents conflits sur l’ensemble du territoire national. Mieux, la Commission vérité justice réconciliation fera des propositions sur le vivre ensemble. L’organisation à l’interne se fera, ajoutera Ousmane Oumarou Sidibé, par cinq sous-commissions qui auront pour relais sur le terrain des antennes régionales et des points focaux dans chaque cercle.

Vous dites bien victimes ?

Dans les échanges avec la presse, le président de la CVJR a tenu à faire des précisions, notamment sur le fait que l’accord pour la paix souligne que les crimes ne sont pas amnistiables. Pour ce qui est du déroulement des enquêtes et surtout l’expertise qui devait l’accompagner, M. Sidibé a annoncé que des enquêteurs professionnels vont être dans l’équipe de la commission (anciens policiers et procureurs).

Autre précision, pour connaître la vérité,faire justice et passer à la réconciliation, il aura en plus de la CVJR, la Cour pénale internationale (CPI), la justice malienne et une commission d’enquêteurs internationaux, pilotée par les Nations unies.
Cependant, le président de la commission Ousmane OumarouSidibé a fait part de toute la complexité de la question notamment le fait que chaque communauté croit que c’est l’autre qui est en cause. « Chaque communauté pense qu’elle est la victime ».

Il faisait référence à Gao par exemple, où les gens estiment qu’ils sont des victimes de l’occupation, à Mopti, où l’on pense qu’on est la victime oubliée de la crise et à Kidal, où les populations se disent victimes du conflit, à Tombouctou, les Arabes se voient victimes des pillages de boutiques, entre autres.

Alpha Mahamane Cissé
Source: L’Indicateur Du Renouveau 22/04/2016