LES JEUNES DE GAO «NOUS PAS BOUGER » RESTENT FIDELES AU MALI Ils forment courageusement l’épicentre de la protestation contre l’Accord de Paix

N’a-t-on pas dit que l’Accord de Paix et de Réconciliation issu des pourparlers inter maliens d’Alger portait les germes de la division et de la partition du Mali, que le ver était dans le fruit? Après le rejet de l’Opposition c’est au tour de la société civile de Gao de dire NON à la discrimination et à l’ini-quitable traitement des jeunes d’un même pays selon la couleur de leur peau. Selon que vous soyez jeune blanc ou noir, le désarmement vous rendra « cantonnable » ou pas. C’est ce que semblent exprimer ces jeunes de Gao à travers cette marche qu’ils ont organisé le vendredi 13 Mai 2016 pour crier leur désaccord vis-à-vis du processus de DDR qu’ils jugent racistes et favorables qu’aux seuls jeunes touaregs et arabes. Eux qui défendent si bien la République, seront-ils entendus par les plus hautes autorités de leur propre pays plus complexées à satisfaire aux exigences de la Communauté internationale qu’aux intérêts légitimes des maliens ? Le gouvernement va-t-il anticiper pour éviter les conflits intercommunautaires latents ? Les autorités sont-elles conscientes des risques qu’une mauvaise gestion de cette crise pourrait irréversiblement provoquer ?

Ils étaient nombreux le vendredi 13 Mai 2016 à battre le pavé à Gao pour réclamer la prise en compte de leurs doléances. Ces jeunes issus de diverses associations dont les plus actives restent : «Les Patriotes», «les Patrouilleurs» et les «Nous pas bouger» n’entendent plus courber l’échine. Ils exigent d’être impliqués dans le processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion. De sources bien informées la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est l’exclusion du cercle de Gao dans l’identification des sites de cantonnement des ex combattants. Ce qui sous-entend que les jeunes qui sont restés loyaux et fidèles à la République au moment où le MNLA proclamait l’indépendance de son fantomatique Azawad sont exclus du DDR. Que comprendre à cette attitude si ce n’est que du mépris.

Les jeunes de Gao ont marché du gouvernorat au bureau de la Minusma, où ils ont remis leurs doléances à sa représentante. Nos dignes compatriotes de Gao se sentent trahis par leur propre Etat, qui au lieu de reconnaitre leur vaillante opposition face aux forces indépendantistes soutenues par les narco jihadistes, déroule malheureusement le tapis rouge à ceux qui veulent diviser le pays. Ces jeunes déterminés et engagés ont même proféré des menaces si Gao était finalement exclu du processus du DDR. Ils disent ne pas comprendre que le Mali répète les mêmes erreurs commises à l’occasion de la cérémonie flamme de la Paix en 1996 où le Ganda Koy avait été le seul obligé à désarmer quand les milices arabes et touaregs gardaient encore leur glaive. Pourquoi aujourd’hui encore, 20 ans après, on rebelote les mêmes erreurs ? Pourquoi c’est à eux seulement à qui on a demandé de remettre leurs armes ? Ils demandent que leurs armes leur soient restituées car l’un des critères du DDR est la présentation d’une arme de combat.

En définitive, la difficile mise en œuvre de l’Accord de Paix et de Réconciliation donne raison à ceux qui, comme Amadou Djicoroni, Seydou Badian Kouyaté, Ali Nouhoum Diallo et le Pr. Issa N’Diaye avaient prédit la partition du Mali depuis les premiers instants de sa signature. La plus grande crainte aujourd’hui est qu’il risque de réveiller les vieux démons des conflits intercommunautaires et que nous ne soyons pas à mesure de léguer à la postérité conformément à notre devise nationale, Un Peuple, Un But, Une Foi. La minorité arabo touareg par qui toutes nos rébellions de 1963 à 2012 semble être des citoyens maliens de première classe, plus privilégiée que la grande majorité des négro-maliens Sonrai, Béla, Peulh, Dogon, Bamanan, Bozo, Senoufo, Mianka, Malinké, Bwa, Khassonké, Gana, Dafing, Somono et Kakolô reléguée au second plan. Quelle est cette nouvelle forme d’apartheid qu’on veut imposer au Mali pour lui faire payer quoi et pour qui ?

Comme pour dire qu’un an après la signature de l’Accord de paix et de Réconciliation, le processus est toujours à la case de départ.
Youssouf Sissoko
youssouf@journalinfosept.com

Source: journalinfosept du 21/05/2016