L’AFFAIRE LOUISE LUNGUNA

Cécile Manya

Je suis née le 10 janvier 1977 à Kinshasa.

Je me suis vue naître.

J’étais au plafond au moment où la matrice s’est ouverte pour laisser passer mon corps physique.

On m’a appelé Koyenyi Cécile MANYA.

C’est le nom de la mère de mon père. À ma naissance, j’étais déjà ma propre mère, cette étoile au-dessus de ma tête qui me suivra toute ma vie.

Mon père était en Suisse pour ses études. Il nous a fait venir par avion en Suisse dans un appartement prêt à nous accueillir situé à l’Avenue de Morges 44 à Lausanne, en 1981.

J’étais une enfant très mignonne, très studieuse et qui aimait beaucoup son papa.

Depuis le balcon de notre appartement je saluais les passants dans la seule langue que je connaissais : le lingala. J’ai été scolarisée dès mon arrivée, en août 1981, au collège de Prélaz.

Mon père savait tout faire, c’était un surhomme : il travaillait, nous faisait faire nos devoirs, secondait ma mère dans les tâches ménagères, s’occupait de nos soins corporels, cuisinait, faisait des sorties avec nous et ce tout en suivant ses études et préparant son doctorat à l’Université de Lausanne.

Ma “mère” ne servait à rien, clairement, sauf à tenter de nous détruire, nous, ses enfants, par des coups.

Elle m’injectait également son venin au travers de paroles violentes chargées d’une forte intensité démoniaque.

Oui, cette chose qui se dit être ma mère est ainsi.

Je suis peut-être la seule à la connaître sous cet angle-là, car je suis la seule personne qu’elle a haï avec autant de ferveur. Puis elle avait des “phases maternelles”, c’était très déroutant.

C’était une belle femme au regard d’ange, et elle jouera toute sa vie avec cette apparence pour faire illusion…

Un jour, alors que j’étais préadolescente et qu’elle m’avait frappé je lui ai rendu ses coups.

Elle avait un penchant pour la bière et le vin. Dans un document que j’ai retrouvé, datant de la période de leur divorce, je peux lire que mon père se plaignait du fait que ma mère était alcoolique.

Le mot était lâché.

Sa mère l’avait abandonnée peu après sa naissance. En 1997 son mari l’a quittée.

Ma “mère” nourrit une perversité inouïe contre moi.

Elle me voit comme une rivale face à l’amour que devrait lui porter son mari.

Elle souffre d’un traumatisme de l’abandon. Mais cela ne l’excuse en rien.

Je dois la fuir.

Elle humiliait mon père et je ne supportais pas cela.

Elle aime humilier, insulter.

Elle est mauvaise.

Mon père obtient haut la main son titre de Docteur en Sciences Politiques en 1992.

Puis il travaille en tant que Professeur dans une école privée à Lausanne.

En 1997 il rentre en Afrique.

Je pense que les combats avec le démon qu’est ma mère étaient devenus invivables.

Je n’aurai que la version du serpent sur pattes qui me sert de matriarche.

Lui, on ne l’entendra plus.

C’est comme si une protection m’avait quittée, car mon père était très présent, très cadrant, un père exceptionnel.

Je suis alors livrée à la pensée et au venin d’une “personne” qui n’a de la femme que l’apparence.

Elle nous sert sa version, se faisant passer pour une victime alors que c’est bien elle qui nous tapait et humiliait mon père.

Quelle garce ! Je la fuis.

C’est alors que je commence à me sentir insultée dans la rue par une présence invisible, un sentiment de persécution.

Il m’a fallu du temps pour comprendre que c’était elle. Elle en a après moi.

Puis elle détruit mon mariage, tue mon premier fils, puis mon père.

Je raconte tout cela dans mes livres.

Mon défunt père est revenu pour me faire comprendre la situation et me faire obtenir justice.

Cécile Manya