Insécurité L’infernal malaise du tourisme malien

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Assis au comptoir d’un restaurant de Bamako au décor artisanal, Almamy Koné devient furieux lorsqu’il évoque les conditions de vie des guides touristiques. Depuis l’éclatement de la crise malienne en 2012, les professionnels du tourisme broient du noir, privés de clients et d’assistance de la part des autorités en charge de ce secteur qui était pourtant un fleuron de l’économie nationale.

Almamy, lui-même guide touristique, a surtout une dent contre le ministère du Tourisme qui n’aurait rien fait pour venir en aide aux professionnels du secteur agonisant. «Il faut que le gouvernement pense aux agents du tourisme; nous sommes oubliés par l’Etat. Pourtant, grâce aux guides certains villages ont eu des écoles, des centres de santé et des puits construits par des touristes », raconte –t-il.

Les agences de tourisme ont presque toutes fermé boutique depuis que la situation sécuritaire du Mali s’est dégradée. Moins amer, le promoteur de Guinna Expéditions, une agence de tourisme intervenant surtout au pays Dogon, tente de survivre à Bamako où il s’est converti dans plusieurs métiers. «Nous survivons grâce à des petits boulots comme des locations de voitures et d’autres marchés », explique-t-il.

La crise du tourisme au Mali, c’est aussi celle de la population des zones comme le pays Dogon dans la région de Mopti. Selon le promoteur de Guinna Expéitions, les écoles et les centres de santé construits par les touristes dans des villages reculés ne bénéficient plus du soutien des Occidentaux qui avaient développé des liens d’amitié avec les villageois.

Outre les infrastructures sociales, les habitants des zones que les touristes visitaient sont privés de ressources liées à l’économie du tourisme. Les artisans, les promoteurs d’auberges et de restaurants ont tous mis la clé sous le paillasson dans certaines zones. «Chacun se cherche, certains sont devenus soudeurs, d’autres sont partis tenter leur chance dans l’orpaillage. Des guides que je connais sont même partis en Europe en tant que refugiés», affirme le patron de Guinna Expeditions.

L’espoir est tout même permis, mais à condition que le gouvernement arrive à stabiliser un peu le pays. Pour preuves, des touristes avaient commencé à fréquenter le pays au compte-gouttes entre septembre et octobre, selon des professionnels du secteur. Mais les attaques des adeptes du prédicateur extrémiste Amadou Koufa au centre du pays ont stoppé les courageux qui ne peuvent même pas contracter une assurance voyage pour le Mali, pays placé toujours en zone rouge.

En attendant que le ministère de l’Artisanat et du Tourisme ne prenne à bras le corps la crise du tourisme, les professionnels du secteur vivent d’expédient à cause d’une crise qu’ils n’ont jamais souhaitée. «Nous ne pouvons pas oublier nos anciens clients d’Europe ou d’Amérique. L’un d’eux m’a envoyé 500 000F pour mon mariage », rappelle Almamy.

Hormis un sac de vivre sous la transition dirigée par Dioncouda Traoré, aucune autorité n’est venue en aide aux professionnels du tourisme. Et le silence actuel des autorités en charge du tourisme a de quoi révolter les professionnels du tourisme ; d’autant plus que le département est piloté par l’ancienne voix d’un mouvement armé comptable de la crise.

Néanmoins, les agents du tourisme poussent l’optimisme jusqu’à dire que le tourisme peu reprendre si le Mali arrive à éviter des attaques pendant un mois seulement. Mais la réalité du terrain est tenue par les terroristes, et certains désœuvrés pourraient ne pas résister à la tentation de l’argent proposé par les djihadistes.
Soumaila T. Diarra